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« Fêter le nouvel an 2027 sans un seul cas d’Ebola » : Le Dr Muyembe est confiant et rassure si et seulement si…

C’est la phrase que toute l’Ituri attendait depuis quatre mois. Le bout du tunnel semble enfin visible après une épidémie qui aura tenu une province entière en haleine. S’exprimant ce mardi 15 septembre 2026 dans un point de presse, le Docteur Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l’Institut National de Recherche Biomédicale (INRB) et virologue de renommée mondiale, a frappé fort : « La population iturienne pourra fêter le nouvel an 2027 sans aucun cas d’Ebola ».

Une assurance lourde de sens, venant de l’homme qui a découvert le virus Ebola en 1976 et qui a géré presque toutes les épidémies du pays. Pour Muyembe, la RDC vient de frôler une vraie catastrophe sanitaire. Cette 17ème épidémie d’Ebola, causée par la souche Bundibugyo, aurait pu conduire à l’isolement total du pays du reste du monde, avec la fermeture des frontières et l’effondrement du trafic aérien, tant la panique internationale était grande au début.

Il faut se souvenir du contexte. Tout commence autour du 15 mai 2026 à Bunia, avec des fièvres hémorragiques inexpliquées dans les zones de santé de Mongbwalu, Rwampara et Bunia-ville. Le diagnostic tombe : c’est l’espèce « Orthoebolavirus bundibugyoense ».

Contrairement à la souche Zaïre pour laquelle la RDC dispose du vaccin Ervebo et des traitements monoclonaux, la souche Bundibugyo n’a à ce jour ni vaccin homologué, ni traitement curatif spécifique. La riposte a donc dû se faire uniquement avec les moyens classiques.

En effet, la souche Bundibugyo est moins létale que la souche Zaïre. Les données de la littérature parlent d’une létalité de 30 à 40% contre 60 à 90% pour la souche Zaïre. Des guérisons spontanées ont même été observées grâce aux seuls soins de support : réhydratation, prise en charge des symptômes.

Aujourd’hui, la tendance est clairement à la baisse. Le nombre de nouvelles alertes a chuté, les chaînes de transmission sont connues et suivies, et le dernier bilan épidémiologique montre une maîtrise de la situation sur le terrain. Le pire a été évité.

Mais le virologue refuse tout triomphalisme. Son optimisme pour le nouvel an 2027 est conditionnel. Il pose une condition non négociable : « le maintien du respect des mesures d’hygiène par la population ».

Il s’agit du lavage systématique des mains, de l’alerte communautaire dès l’apparition d’une fièvre ou de signes suspects, du recours immédiat aux centres de traitement et non aux tradipraticiens, et surtout du respect des enterrements dignes et sécurisés, qui restent le principal foyer de contamination.

Le Professeur Muyembe a lancé une mise en garde claire : le danger serait de mal interpréter les guérisons observées. Si la population pense qu’Ebola-Bundibugyo se guérit seul à la maison, elle cessera de se rendre à l’hôpital, favorisant ainsi une transmission invisible et une résurgence.

Sur le terrain, la riposte s’organise toujours avec l’appui de l’OMS, de l’INRB et des équipes locales. La surveillance communautaire a été renforcée dans le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et même à Kampala en Ouganda, où des cas importés avaient été détectés en juin.

Pour les habitants de l’Ituri, déjà meurtris par des décennies de conflits armés, de déplacements et de crises sanitaires à répétition, cette annonce n’est pas qu’un chiffre. C’est un souffle psychologique, une promesse de pouvoir enfin célébrer en famille, sans peur. Les autorités sanitaires provinciales appellent d’ailleurs à ne pas relâcher les efforts. Les équipes de surveillance, de décontamination et de sensibilisation restent déployées jusqu’à la déclaration officielle de la fin de l’épidémie, qui nécessite 42 jours sans nouveau cas confirmé.

La bataille n’est donc pas encore totalement gagnée, mais pour la première fois depuis mai 2026, l’espoir est permis et il a un visage : celui d’un nouvel an 2027 sans Ebola. Rendez-vous est pris pour le 31 décembre à Bunia.

Nickson Manzekele, à Bunia

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