À l’instar d’autres pays situés dans la ceinture de forêt tropicale humide du littoral africain, la Guinée équatoriale, en Afrique centrale, subit elle aussi les effets de la déforestation et ses conséquences dévastatrices sur l’écosystème.
Depuis des générations, la forêt constitue une source de vie. L’approvisionnement en eau de nombreuses communautés, la fertilité des sols, la biodiversité et les moyens de subsistance de milliers de familles en dépendent. Toutefois, cette ressource, longtemps perçue comme inépuisable, commence à montrer des signes d’épuisement.
Que ce soit sur l’île de Bioko ou sur le continent, les habitants voient les arbres disparaître, les températures grimper et le débit des rivières diminuer.
Bien que le pays demeure l’un des territoires d’Afrique centrale affichant le taux de couverture forestière le plus élevé, cette richesse naturelle est soumise à une pression croissante.
Le gouvernement de la Guinée équatoriale ne peut être exonéré de toute responsabilité concernant les activités ayant largement contribué à la disparition des forêts. Un rapport récent du Centre d’études stratégiques de l’Afrique a souligné que l’exploitation forestière illégale est à l’origine du transport et de l’exportation d’essences de bois précieux. Il a révélé que certaines forêts du pays ont été cédées à des entreprises privées, tandis qu’une société écran liée au ministère de l’Agriculture a servi à percevoir des frais pour la transformation, le chargement et le transport du bois.
Selon les données de l’Initiative pour les forêts d’Afrique centrale (CAFI), la Guinée équatoriale a perdu 62 117 hectares de forêt entre 2016 et 2022, tandis que 42 244 hectares supplémentaires ont été dégradés. On estime également qu’environ 8 700 hectares de couvert forestier disparaissent chaque année, principalement en raison de l’expansion agricole, de l’exploitation forestière, de l’urbanisation et du développement des infrastructures.
Cette réalité a été confirmée lors d’une mission de terrain à Malabo, à Bata et dans les localités environnantes. Ces observations ont permis de recueillir le ressenti des habitants confrontés au quotidien à un paysage qui se transforme à un rythme accéléré, révélant que la déforestation n’est plus une menace future, mais un phénomène dont les effets commencent à se faire sentir dans la vie de tous les jours.
Bien que Malabo et Bata présentent des dynamiques de croissance urbaine et de développement économique différentes, elles partagent une préoccupation commune : la perte progressive des forêts.
Dans la région insulaire, les habitants de Basakato del Oeste, Basupu Poblado et Baloeri/Cristo Rey constatent une diminution de la végétation par rapport à il y a quelques années. La plupart d’entre eux jugent cette réduction très manifeste, et aucun participant n’a signalé d’augmentation du couvert forestier au cours des cinq dernières années.
Dans la région continentale, à Bata et dans les localités voisines, la perception est similaire : les habitants désignent l’exploitation forestière commerciale comme la cause principale de la déforestation, suivie de l’étalement urbain et, dans une moindre mesure, des activités agricoles.
Bien que ces données proviennent de contextes géographiques différents, elles convergent vers un même constat : le couvert forestier diminue et les conséquences de ce recul commencent à se faire sentir dans la vie quotidienne des populations.
La chaleur n’est plus la même.
Au-delà des statistiques, les habitants décrivent des changements qu’ils vivent au quotidien.
Dans les communautés de Bioko, la hausse des températures apparaît comme la conséquence la plus manifeste de la disparition des arbres. La plupart des habitants estiment que la chaleur s’est considérablement intensifiée par rapport aux années précédentes.
« Quand j’étais enfant, les arbres nous protégeaient du soleil et la rivière ne cessait jamais de couler. Aujourd’hui, la chaleur est bien plus intense et, durant la saison sèche, nous devons marcher plus loin pour trouver de l’eau. Chaque année, nous voyons disparaître un peu plus la forêt qui assurait notre subsistance », explique Tobileri Esuba, une habitante d’une zone rurale de Bioko ; un sentiment partagé par bon nombre des personnes interrogées lors de l’étude.
Là où la végétation offrait autrefois de l’ombre et contribuait à maintenir une certaine fraîcheur, ce sont désormais les espaces davantage exposés au soleil et aux températures élevées qui prédominent.
Les inquiétudes ne s’arrêtent pas là. Près de la moitié des participants indiquent que le débit des rivières et des ruisseaux qui alimentaient autrefois les communautés a considérablement diminué, voire que ces cours d’eau s’assèchent à certaines périodes de l’année. Pour de nombreuses familles rurales, cela complique l’accès à l’eau pour la consommation domestique, l’agriculture et d’autres activités quotidiennes.
À Bata, la perception des habitants corrobore ce constat. La plupart d’entre eux considèrent la perte de biodiversité comme la principale conséquence de la déforestation, tandis qu’une part importante désigne le changement climatique comme l’effet le plus préoccupant. Seule une minorité de personnes interrogées cite l’érosion des sols comme principal impact observé.
Les causes varient selon le territoire, mais le résultat est le même.
Concernant l’origine du problème, dans les communautés de Bioko, l’expansion agricole a été identifiée comme la principale cause de la perte de forêts, suivie par les projets d’infrastructure gouvernementaux, l’exploitation commerciale du bois et l’utilisation de bois de chauffe et de charbon de bois comme source d’énergie domestique. De nombreuses familles continuent de dépendre de ces ressources faute d’alternatives énergétiques abordables.
Dans la région continentale, la plupart des habitants considèrent l’exploitation forestière commerciale comme le principal moteur de la déforestation. L’expansion urbaine et le développement des activités agricoles sont également identifiés comme des facteurs contribuant à la réduction progressive du couvert forestier.
« Nous ne coupons pas les arbres par envie de détruire la forêt. Beaucoup de familles le font parce qu’elles ont besoin de terres pour cultiver, préparer leurs repas ou construire leurs maisons. Mais nous savons aussi que si nous continuons à perdre la forêt, nos enfants et les générations futures connaîtront un avenir bien plus difficile », déclare Nguema Eyegue, agriculteur dans une communauté rurale de Bata.
Bien que les priorités varient d’une région à l’autre, l’étude montre que la pression exercée sur les forêts provient de multiples activités humaines qui, conjuguées, accélèrent la dégradation des écosystèmes.
La biodiversité disparaît également.
La perte d’arbres ne modifie pas seulement le paysage. Les habitants affirment qu’il est de plus en plus difficile de trouver certaines espèces de faune et de flore qui, pendant des décennies, ont fait partie de l’environnement naturel.
À Bioko, la moitié des personnes interrogées déplorent la disparition progressive d’animaux et de plantes sauvages traditionnellement utilisés pour l’alimentation et la médecine naturelle. Ce changement affecte à la fois l’équilibre écologique et les savoirs traditionnels transmis de génération en génération.
À Bata, la perte de biodiversité apparaît également comme le principal impact environnemental identifié par les populations locales.
« Nous trouvions autrefois des plantes médicinales tout près de chez nous. Ma grand-mère nous a appris, à mes sœurs et à moi, lesquelles servaient à soigner la fièvre, les maux d’estomac, les troubles digestifs et d’autres affections. Aujourd’hui, nous devons aller beaucoup plus loin pour les trouver, et certaines d’entre elles ont presque disparu », explique Bönay Bokobo, une femme issue d’une communauté rurale de Bioko.
Qui doit protéger les forêts ?
L’une des questions posées lors de l’étude visait à déterminer qui devait prendre l’initiative de la protection des ressources forestières.
Les réponses révèlent une responsabilité partagée. Parmi les participants du continent, le gouvernement et la population ont été cités à égalité comme étant les principaux responsables de la protection des forêts, tandis qu’une proportion moindre a attribué ce rôle aux entreprises.
Les citoyens sont prêts à participer activement à la préservation du patrimoine forestier s’ils disposent des informations, des outils et des programmes adéquats pour le faire. La déforestation ne constitue plus seulement une préoccupation environnementale. Ses effets commencent à avoir un impact direct sur la qualité de vie des communautés : elle modifie le climat local, réduit les ressources en eau et menace la biodiversité caractéristique de la Guinée équatoriale.
Face à cette situation, il est nécessaire de renforcer l’éducation environnementale, de rapprocher la législation forestière de la population grâce à des campagnes de sensibilisation, de promouvoir des alternatives au bois de chauffe et au charbon de bois, et de mettre en place des programmes de reforestation pérennes impliquant conjointement les institutions publiques, les entreprises et les communautés locales.
La situation à Malabo et à Bata reflète une réalité commune : bien que les causes puissent varier d’un territoire à l’autre, la perte des forêts transforme l’environnement ainsi que la vie de ceux qui en dépendent. Pour de nombreux habitants, la protection des ressources forestières n’est plus seulement une question de préservation de l’environnement, mais une nécessité pour garantir le bien-être des générations présentes et futures.
Par notre correspondant

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