« La RDC n’avait pratiquement plus d’armée », a déclaré Félix Tshisekedi, expliquant qu’il avait été induit en erreur par les généraux qui lui présentaient, selon lui, une situation différente de la réalité des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Il a également reproché à l’ancien président d’avoir détruit de l’intérieur l’appareil militaire et sécuritaire congolais.
Le président congolais a également évoqué les relations entre Kinshasa et Kigali. Selon lui, le Rwanda traverse actuellement une période difficile, marquée par des sanctions internationales et une évolution défavorable de la situation militaire sur le terrain, particulièrement dans l’Est de la RDC, région située dans la partie orientale du pays, à la frontière du Rwanda, de l’Ouganda, du Burundi et du Soudan du Sud.
« La menace est forte comme vous le savez, mais l’ennemi, le Rwanda, qui a toujours agressé notre pays depuis plus de trente ans, se trouve aujourd’hui en sérieuse difficulté », a-t-il affirmé, estimant que les actions diplomatiques et militaires engagées par son gouvernement commencent à produire des effets.
Dans ses déclarations, Félix Tshisekedi a aussi accusé Joseph Kabila d’avoir contribué à fragiliser les mécanismes de défense nationale. Il a par ailleurs affirmé que son prédécesseur avait pris la tête de la rébellion pour, selon lui, présenter la crise sécuritaire comme un problème exclusivement congolais.
Le chef de l’État a également révélé qu’à l’époque de leur coalition, Joseph Kabila lui aurait confié son hostilité envers les Rwandais, qu’il accusait d’avoir tué son père, l’ancien président Laurent-Désiré Kabila. « Les Rwandais, je ne les aime pas, ils ont tué mon père », aurait-il rapporté.
S’agissant des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), Félix Tshisekedi a qualifié leur présence de prétexte utilisé par Kigali pour justifier ses interventions en RDC. Il a indiqué que Kinshasa avait commencé à regrouper ces combattants à Kitona, dans la province du Kongo Central, située dans le sud-ouest du pays, en vue de leur transfert vers des pays d’accueil ou de leur retour volontaire au Rwanda.
Selon le président congolais, un dirigeant africain, dont il n’a pas révélé l’identité, aurait accepté d’accueillir certains de ces combattants avant que Paul Kagame ne lui adresse des menaces pour l’en dissuader.
Sur le plan politique intérieur, Félix Tshisekedi a annoncé que les préparatifs du Dialogue national inclusif devraient prochainement avancer avec la mise en place du comité chargé de son organisation. Il a toutefois exclu la participation des acteurs politiques qu’il accuse d’entretenir des liens avec Kigali.
« On ne va pas faire le dialogue avec les supplétifs du Rwanda », a-t-il insisté, précisant que les participants devront condamner publiquement l’agression contre la RDC et annoncer leur rupture avec toute collaboration avec le Rwanda. Il a néanmoins réaffirmé son ouverture à la réconciliation nationale, tout en rejetant toute démarche susceptible de favoriser l’impunité pour les crimes commis dans le pays.
Le président a également attaqué l’AFC/M23, qu’il a qualifiée de groupe manipulé par Kigali, affirmant que ses revendications iraient jusqu’à demander l’introduction du kinyarwanda comme cinquième langue nationale de la RDC.
Les relations avec son prédécesseur ont constitué un autre axe majeur de son intervention. Félix Tshisekedi a notamment qualifié Joseph Kabila de « multimilliardaire », s’interrogeant sur l’origine de sa fortune. Il a également évoqué le dossier de Moïse Katumbi, affirmant que l’ancien gouverneur du Katanga aurait bénéficié de conditions favorables à son retour d’exil avant de s’enrichir dans cette province du sud-est de la RDC, riche en ressources minières.
Le chef de l’État a, dans le même registre, dénoncé les accusations visant sa famille dans une affaire présumée de pillage des ressources minières du Katanga. Il a affirmé avoir engagé un collectif d’avocats pour engager une contre-attaque judiciaire contre ceux qu’il accuse de mener une campagne de dénigrement contre ses proches.
Évoquant également les accusations de dictature formulées par Joseph Kabila, Félix Tshisekedi les a rejetées. Il a soutenu qu’aucun manifestant n’était mort lors d’une manifestation depuis son accession au pouvoir, tout en accusant son prédécesseur d’avoir été responsable de violences contre des chrétiens et des adeptes du mouvement Bundu dia Kongo. Il est aussi revenu sur l’affaire impliquant l’opposant Prince Epenge, affirmant que Manassé Lomboto était décédé des suites d’une maladie.
Au-delà des questions politiques et sécuritaires, Félix Tshisekedi a adressé un message particulier aux Congolais vivant en Russie. Il leur a demandé de représenter dignement leur pays et de promouvoir son image à l’étranger. Aux étudiants, il a recommandé de privilégier l’excellence académique, assurant que les autorités suivraient leur parcours afin d’identifier leurs besoins et de les accompagner.
Le président a enfin évoqué les ambitions de reconstruction nationale de son gouvernement, notamment à travers les programmes de développement engagés dans différents secteurs. Il a également cité la sortie de la RDC de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) parmi les avancées obtenues sur le plan international, estimant que cette évolution renforce la crédibilité financière du pays.
Depuis plusieurs décennies, l’est de la RDC est marquée par des conflits armés, des interventions étrangères et des tentatives successives de négociation. Sous les précédentes administrations, plusieurs accords politiques et militaires avaient notamment conduit à des opérations d’intégration de combattants dans les forces de défense, une politique que Félix Tshisekedi affirme vouloir abandonner au profit d’une armée nationale restructurée et d’une réponse militaire et diplomatique à l’insécurité.
Elisé Kant

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