Réunies à Walikale à l’occasion de la Journée internationale de la paix, lundi 21 septembre, les femmes leaders du territoire de Walikale ont dénoncé la persistance de l’insécurité, les violences basées sur le genre, la précarité des ménages dirigés par des femmes et leur faible représentation dans les instances de décision. Elles sollicitent un engagement accru des autorités locales en faveur de la participation féminine à la paix et à la gouvernance.
Les femmes leaders du territoire de Walikale, au Nord-Kivu, plaident pour une implication accrue des femmes dans les mécanismes de consolidation de la paix et les instances de gouvernance locale. Elles ont formulé cette demande dans un plaidoyer adressé au chef de secteur des Wanyanga, à l’issue d’une conférence-débat organisée le lundi 21 septembre 2026 à Walikale, à l’occasion de la Journée internationale de la paix.
L’activité a été organisée par le consortium « MWANAMKE SHUJAA ». Elle a réuni des femmes leaders issues d’associations féminines et paysannes, des responsables religieuses, des enseignantes, des cheffes d’avenue et des mères cheffes, ainsi que des représentants des autorités locales, des services de santé, des médias et des organisations humanitaires présentes dans le territoire.
Placée sous le thème des Nations unies « Investir dans la paix – Pour tous, partout, chaque jour », la rencontre a porté sur la participation des femmes en tant qu’actrices de la consolidation de la paix et de la gouvernance locale. Les échanges ont notamment été consacrés à la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le 31 octobre 2000, qui consacre le rôle des femmes dans la prévention et la résolution des conflits, ainsi que dans la protection et la reconstruction.
L’insécurité et les violences basées sur le genre au cœur des préoccupations
Dans leur plaidoyer, les femmes leaders de Walikale dressent un constat préoccupant de la situation sécuritaire et sociale dans le territoire de Walikale. Elles évoquent la persistance de l’insécurité, marquée notamment par la présence de groupes armés, des incursions et des pillages qui fragilisent la vie quotidienne des communautés.
Selon ce document, cette situation limite la liberté de circulation des populations, avec des conséquences particulières pour les femmes et les filles. Les restrictions de déplacement peuvent également affecter l’accès aux services essentiels, aux activités économiques et aux mécanismes de protection.
Les violences basées sur le genre, notamment les violences sexuelles, figurent également parmi les préoccupations soulevées par les participantes. Celles-ci dénoncent des situations dans lesquelles les auteurs de ces violences peuvent agir en toute impunité, tout en mettant en évidence les difficultés rencontrées par les victimes pour accéder à la justice et aux services de prise en charge.
Ces préoccupations soulignent la nécessité de renforcer les dispositifs de prévention, de protection des victimes et de lutte contre l’impunité, en tenant compte des réalités locales et des besoins spécifiques des femmes et des filles.
Les déplacements aggravent la précarité des ménages dirigés par des femmes
Les déplacements répétés de population constituent un autre problème relevé au cours de la conférence-débat. Les femmes leaders signalent la présence de nombreux ménages dirigés par des femmes, notamment des veuves et des femmes séparées, qui vivent dans des conditions de précarité extrême.
Dans un contexte de déplacements et d’insécurité, ces ménages peuvent être confrontés à des difficultés d’accès aux revenus, à la nourriture, au logement, aux soins de santé et à l’éducation des enfants. La fragilité économique peut aussi limiter leur capacité à participer à la vie communautaire et aux processus locaux de décision.
Face à cette situation, les initiatives de paix et de gouvernance devraient intégrer les besoins des femmes déplacées, des veuves et des autres ménages vulnérables, afin que leur participation ne se limite pas à une présence symbolique, mais puisse contribuer à la recherche de solutions adaptées à leurs conditions de vie.
Une faible représentation des femmes dans les instances de décision
La sous-représentation des femmes dans les structures locales de paix et de gouvernance figure parmi les principales préoccupations exprimées dans le plaidoyer.
Les participantes évoquent leur faible présence dans les comités de paix, les mécanismes locaux de résolution des conflits et les instances chargées de la gestion des affaires publiques du secteur. Cette situation constitue, selon l’orientation de leur démarche, un obstacle à une participation équilibrée des femmes aux décisions qui concernent directement leurs communautés.
Pour les femmes leaders, leur implication dans les processus de paix ne devrait pas être limitée à leur rôle de bénéficiaires des actions de protection ou d’assistance. Elles souhaitent également être reconnues comme des actrices capables de contribuer à la prévention des conflits, à la médiation communautaire et à la recherche de solutions durables.
La participation des femmes aux instances locales peut ainsi être envisagée comme un moyen de diversifier les points de vue et de mieux prendre en compte les préoccupations des populations, notamment celles des femmes et des filles.
Des difficultés d’accès à la justice et des tracasseries sur les axes
Le plaidoyer fait également état de difficultés liées à l’accès à la justice et à la prise en charge des femmes victimes de violences. Les femmes leaders soulignent que ces obstacles peuvent compromettre la protection des victimes et leur accès aux services nécessaires.
À cela s’ajoutent les tracasseries signalées sur les axes de circulation, qui pénalisent les activités économiques des femmes. Dans un territoire où de nombreuses femmes dépendent du commerce, de l’agriculture et d’autres activités génératrices de revenus, les contraintes sur les routes peuvent affecter leurs déplacements, la commercialisation des produits et les revenus des ménages.
La prise en compte de ces préoccupations suppose notamment un renforcement de la protection des usagers, l’amélioration des mécanismes de signalement et la recherche de réponses institutionnelles aux difficultés rencontrées sur les axes.
Les recommandations : renforcer la participation des femmes à la paix et à la gouvernance
Au regard des problèmes relevés lors de la conférence-débat, le plaidoyer adressé aux autorités locales peut être orienté autour de plusieurs recommandations visant à améliorer la participation des femmes et leur protection.
La première recommandation concerne la représentation des femmes dans les instances locales. Les autorités du secteur sont invitées à favoriser la participation effective des femmes dans les comités de paix, les mécanismes de résolution des conflits et les structures de consultation et de gestion des affaires publiques. Cette participation devrait permettre aux femmes de prendre part aux discussions, à la formulation des décisions et au suivi des engagements pris.
La deuxième porte sur le renforcement de la protection contre les violences basées sur le genre. Il est nécessaire de consolider les mécanismes d’alerte, d’orientation et de référencement des victimes vers les services compétents, notamment dans les domaines médical, psychosocial, juridique et judiciaire. Les autorités et les acteurs concernés devraient également contribuer à la prévention des violences et à la lutte contre l’impunité, dans le respect des procédures légales.
La troisième recommandation vise à améliorer l’accès des femmes à la justice. Le renforcement de l’information juridique, l’orientation des victimes et la collaboration entre les autorités locales, les services judiciaires et les organisations de protection peuvent contribuer à réduire les obstacles auxquels les femmes sont confrontées lorsqu’elles souhaitent faire valoir leurs droits.
La quatrième concerne l’accompagnement des femmes vivant dans la précarité. Les ménages dirigés par des femmes, notamment ceux touchés par les déplacements, devraient être pris en compte dans les actions de protection sociale, d’assistance humanitaire et de relèvement économique. Les initiatives en faveur des moyens de subsistance pourraient contribuer à renforcer leur autonomie et leur capacité à participer à la vie communautaire.
La cinquième recommandation porte sur la sécurisation des axes et la protection des activités économiques. Une meilleure prise en compte des préoccupations des femmes qui se déplacent pour leurs activités commerciales et agricoles, ainsi que le signalement et le traitement des tracasseries, constituent des pistes d’action pour soutenir leur autonomie économique.
Ces recommandations constituent des axes de réponse aux problèmes recensés dans le document transmis. Les demandes précises et les engagements formels attendus des autorités devront être confirmés à partir des éventuelles pages suivantes du plaidoyer, qui ne figurent pas dans les extraits fournis.
La Résolution 1325 comme cadre de référence
Dans leur démarche, les femmes de Walikale s’appuient sur la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies. Ce texte porte sur quatre domaines essentiels : la participation des femmes aux décisions relatives à la paix et à la sécurité, la prévention des conflits, la protection contre les violences et les actions de secours, de relèvement et de reconstruction.
Le plaidoyer rappelle également l’engagement de la République démocratique du Congo à mettre en œuvre cette résolution à travers un Plan d’action national. Les femmes estiment que cet engagement doit se traduire par des actions concrètes au niveau local, avec l’implication des autorités et des autres acteurs concernés.
À travers cette démarche, elles demandent que la question de la participation féminine soit intégrée dans les mécanismes de gouvernance du secteur et dans les efforts de consolidation de la paix. L’objectif est de faire de la femme une actrice à part entière des processus de décision et de résolution des problèmes communautaires.
Un plaidoyer pour des engagements locaux
En remettant leur plaidoyer aux autorités, les femmes réunies au sein du consortium FSM–FOMUBISA, SWID et MWANAMKE SHUJAA entendent porter leurs préoccupations au niveau de la gouvernance locale. Leur démarche intervient dans un contexte où l’insécurité, les déplacements de population, les violences basées sur le genre et les difficultés économiques continuent de peser sur les communautés.
La mise en œuvre des recommandations nécessitera notamment un dialogue entre les autorités, les organisations féminines, les services techniques, les acteurs de la protection et les communautés. Elle devra également s’appuyer sur des engagements réalisables, un suivi des actions et une évaluation de la participation des femmes dans les structures concernées.
À Walikale, le plaidoyer ouvre ainsi un espace de discussion sur le rôle des femmes dans la paix et la gouvernance. Les suites qui seront réservées à leurs préoccupations permettront de mesurer la traduction concrète de cette démarche dans les mécanismes locaux de décision et de protection.
La rédaction

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