À LA UNE

Ebola à Aru : un chauffeur blessé et trois ambulances vandalisées, la méfiance freine la riposte

Un nouvel incident grave est venu perturber la riposte contre Ebola dans le territoire d’Aru, en Ituri. Selon les informations relayées le 17 août 2026, un chauffeur affecté aux équipes de lutte a été blessé et trois ambulances utilisées pour le transport des cas suspects et des alertes ont été vandalisées. Ces actes de violence ciblent directement le dispositif sanitaire déployé pour contenir la maladie à virus Ebola, déclarée en RDC le 15 mai 2026. Alors que l’épidémie a déjà touché 5 provinces dont l’Ituri, avec 4 449 cas confirmés et 2 061 décès au 10 août 2026, chaque attaque contre les équipes de terrain fait reculer les efforts de dépistage, de prise en charge et d’enterrement sécurisé.

Le problème ne se limite pas à Aru. Depuis le début de l’épidémie, les équipes de riposte font face à une résistance croissante de certaines communautés. À Bunia, le 1er juin 2026, des volontaires de la Croix-Rouge menant une inhumation sûre et digne ont été attaqués et plusieurs ont été blessés. À Mambasa, dans la nuit du 30 juin au 1er juillet, le Centre de traitement d’Ebola de PK51 et le centre de santé de référence Juhudi ont été incendiés par des habitants réclamant la restitution de corps de patients décédés. Bilan : deux morts, dont un policier brûlé vif, et deux médecins contaminés dont le sort restait incertain. Ces violences compromettent non seulement la sécurité du personnel, mais augmentent aussi le risque de propagation lorsque les dépouilles sont manipulées hors protocole.

À la base de cette résistance, il y a d’abord la peur et la méfiance. Dans des zones comme Mongbwalu, épicentre de l’épidémie, la population a très vite perçu l’hôpital comme un « mouroir » après avoir vu des patients contaminés mourir faute de prise en charge adaptée au début. Le manque de moyens logistiques, de personnel formé et d’équipements de protection au lancement de la riposte a nourri le sentiment d’abandon. Résultat : refus des alertes, cache de malades, attaques de postes de lavage des mains comme celui vandalisé à Manje en Irumu, et maintenant saccage d’ambulances à Aru. Or, sans acceptation communautaire, aucun maillon de la chaîne ne tient : signalement, dépistage, isolement, enterrement digne.

Les conséquences sanitaires sont immédiates. Le ministère de la Santé l’a rappelé : chaque perturbation des activités de riposte entraîne une flambée du nombre de nouveaux cas et de décès. Au 10 août, 716 malades étaient encore en isolement ou hospitalisés en RDC, et le taux de létalité global s’établit à 46,3 %. En Ituri, province principale du foyer, la coordination est d’autant plus difficile que le gouverneur militaire, le général Kasongo Mulumba, doit gérer simultanément l’insécurité armée et la riposte Ebola. Le gouvernement a promis la livraison de nouvelles ambulances, mais leur déploiement reste exposé tant que la sécurité des équipes n’est pas garantie.

Face à ce blocage, les autorités insistent sur l’indispensable rôle des communautés : signaler les alertes au numéro gratuit 151, accepter le dépistage, respecter les mesures de prévention et les enterrements dignes et sécurisés. Dans le Haut-Uélé voisin, six premiers patients guéris ont été libérés à Isiro avec un appel officiel à bannir toute stigmatisation. Le gouverneur y a aussi mis en garde contre tout acte de sabotage visant les équipes sanitaires. À Aru comme ailleurs, la bataille contre Ebola se joue donc autant dans les centres de traitement que dans les esprits. Tant que la population considérera la riposte comme une menace plutôt que comme une aide, le virus continuera de circuler dans l’ombre des ambulances vandalisées et des chauffeurs pris pour cibles.

Rédaction

0 Comments

Leave a comment