Des cas de rougeole continuent d’être enregistrés chez les enfants de moins de cinq ans dans le territoire de Kabare, au Sud-Kivu, en raison notamment du non-respect du calendrier vaccinal, des déplacements massifs de populations et de certaines croyances défavorables à la vaccination, selon les acteurs sanitaires qui appellent à une mobilisation communautaire renforcée.
« La majorité des cas que nous observons concernent des enfants qui n’ont pas achevé leur calendrier vaccinal. Pourtant, la vaccination reste le moyen le plus efficace de protéger les enfants contre la rougeole », a expliqué Mapendano Basoda Joseph, infirmier titulaire du Centre de santé de Mulungu/Miti
Même avec la poursuite des efforts des plusieurs structures sanitaires pour améliorer la couverture vaccinale des enfants, la rougeole demeure une préoccupation dans différentes aires de santé du territoire de Kabare. Dans les centres de santé comme dans les communautés, les acteurs sanitaires constatent une augmentation des cas touchant principalement les enfants de moins de cinq ans, une tranche d’âge particulièrement vulnérable aux complications liées à cette maladie hautement contagieuse.
Pour les professionnels de santé, cette situation résulte d’un ensemble de facteurs qui, mis bout à bout, fragilisent les acquis enregistrés ces dernières années dans le domaine de la vaccination infantile.
Le calendrier vaccinal interrompu par les déplacements et la négligence
Selon l’infirmier titulaire du Centre de santé de Mulungu/Miti, le principal défi reste le non-respect du calendrier vaccinal par certains parents.
Il explique que plusieurs enfants commencent leur parcours vaccinal sans toutefois parvenir à le compléter. Or, le vaccin contre la rougeole intervient à la fin du calendrier vaccinal de routine, ce qui expose davantage les enfants dont le suivi est interrompu avant cette étape.
Dans plusieurs localités de Kabare, les mouvements de populations observés ces derniers mois compliquent davantage le travail des prestataires de santé. Certaines familles quittent leurs villages à la suite de l’insécurité ou de difficultés économiques et s’installent dans d’autres zones sans poursuivre le suivi médical de leurs enfants.
Ces déplacements entraînent souvent la perte des carnets de vaccination ou l’oubli des rendez-vous fixés par les structures sanitaires.
À Miti Centre, où de nombreuses familles déplacées ont trouvé refuge, une mère originaire de Cibumbiro, dans le groupement de Mudaka, raconte les difficultés qu’elle a rencontrées.
« Lorsque nous avons quitté notre village, beaucoup de choses ont été perturbées. Je n’ai pas réussi à respecter tous les rendez-vous de vaccination de mon enfant. Aujourd’hui, il souffre de la rougeole mais il poursuit les soins. Je reconnais qu’il y a eu à la fois les conséquences du déplacement et une certaine négligence de ma part », témoigne-t-elle sous anonymat,
Selon les professionnels de santé, ce genre de situation devient de plus en plus fréquent dans les zones accueillant des personnes déplacées.
À côté des déplacements, certains parents continuent également de sous-estimer l’importance de la vaccination. Pour les agents de santé, plusieurs familles ne se présentent pas aux séances prévues, soit par manque d’information, soit parce qu’elles estiment que l’enfant est en bonne santé et ne nécessite plus de suivi.
« Certains parents pensent qu’une ou deux doses suffisent. D’autres oublient simplement les rendez-vous. Pourtant chaque vaccin administré protège l’enfant contre des maladies parfois mortelles », insiste Mapendano Basoda Joseph,
*Les croyances culturelles et religieuses toujours présentes dans certaines communautés*
Au-delà des difficultés logistiques et des déplacements, plusieurs acteurs communautaires attirent l’attention sur la persistance de certaines croyances qui freinent encore les efforts de vaccination.
Pour Mulinga Masumbuko Alfred, notable du territoire de Kabare, certaines familles continuent volontairement de refuser la vaccination malgré les campagnes de sensibilisation organisées par les structures sanitaires.
« Il existe encore des parents qui rejettent les vaccins pour des raisons culturelles, traditionnelles ou religieuses. Certains considèrent que la protection spirituelle suffit, tandis que d’autres nourrissent une méfiance envers les vaccins. Ces comportements exposent malheureusement les enfants à plusieurs maladies évitables », explique-t-il,
Selon ce notable, cette réalité demeure particulièrement visible dans certaines zones rurales reculées où les fausses informations circulent encore au sein de la population.
Il estime que les campagnes de vaccination devraient davantage associer les leaders communautaires, religieux et coutumiers afin de renforcer l’adhésion des familles.
« Les sensibilisations doivent atteindre les coins les plus éloignés de Kabare. Les agents de santé seuls ne peuvent pas tout faire. Lorsque les chefs de villages, les leaders religieux et les notables s’impliquent, les communautés acceptent plus facilement les messages liés à la vaccination », plaide-t-il,
Les acteurs sanitaires rappellent que la rougeole reste l’une des maladies les plus contagieuses chez l’enfant. Elle peut provoquer de graves complications, notamment des infections respiratoires sévères, des diarrhées aiguës, la malnutrition, des atteintes neurologiques et parfois la mort lorsque la prise en charge tarde à intervenir.
Face à cette situation, les structures sanitaires poursuivent les séances de sensibilisation communautaire tout en encourageant les parents à respecter rigoureusement le calendrier vaccinal de leurs enfants.
La recrudescence actuelle des cas de rougeole observée dans plusieurs localités de Kabare apparaît ainsi comme la conséquence de plusieurs facteurs combinés : les déplacements massifs de populations qui perturbent le suivi vaccinal, la négligence de certains parents face aux rendez-vous de vaccination, les ruptures occasionnelles de vaccins ou de matériels d’inoculation ainsi que la persistance de croyances culturelles et religieuses défavorables à la vaccination. Pour les professionnels de santé, seule une implication accrue des familles, des leaders communautaires et des autorités sanitaires permettra d’inverser durablement cette tendance et de mieux protéger les enfants contre cette maladie évitable.
Yseult Lwango

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