Face aux équipes de riposte à Bunia, Roger Kamba, ministre de la santé publique en République Démocratique du Congo, a lâché la mesure qui a retenu toute l’attention : « J’ai instruit que la prime de personnel soignant soit doublée ». L’objectif est clair. Motiver et retenir le personnel médical exposé en première ligne dans un contexte où la souche Bundibugyo ne dispose ni de vaccin ni de traitement spécifique.
C’est une réponse directe aux dénonciations de “gestion chaotique” et aux conditions de travail décrites comme extrêmement difficiles. L’épidémie a été déclarée le 15 mai 2026. 33 jours plus tard, l’Ituri cumule 827 cas confirmés sur 896 au niveau national. Les soignants du seul CTE fonctionnel de Rwampara gèrent des admissions en continu, avec des tentes installées en urgence pendant ce mois de juin pour absorber l’afflux.
Doubler la prime revient donc à reconnaître la charge physique et psychologique de ceux qui affrontent le virus avec des moyens limités. L’Ituri est en conflit depuis près de 30 ans. Les personnels qualifiés sont déjà rares, et le risque Ebola accroît le départ ou le refus d’affectation. En doublant la prime, le ministère tente de casser cette logique. L’idée est de stabiliser les équipes, éviter les abandons de poste, et garantir une continuité dans la prise en charge, la surveillance et les enterrements sécurisés.
C’est la 3 ème descente du gouvernement à Bunia en 30 jours. Après avoir constaté les forces et faiblesses, Kamba choisit un acte concret et immédiat plutôt que des promesses. L’annonce faite aux côtés de Patrick Muyaya, ministre de la Communication, vise aussi à rassurer l’opinion et les partenaires. Message : l’État voit la souffrance des soignants et agit sur leur rémunération.
Sur le terrain, les soignants pointent toujours le manque d’ambulances : une seule pour tout le CTE de Rwampara. Les pistes ocres vers les zones affectées rallongent les transferts. Les tentes viennent à peine d’être installées. L’argent motive, mais sans équipements, sans véhicules et sans infrastructures, le risque reste élevé pour le personnel.
La prime répond à la pression interne, mais les agents font aussi face à une pression externe. Beaucoup de familles refusent d’amener leurs malades, par peur ou scepticisme. Résultat : des décès non déclarés et 8 cas suspects signalés en une seule journée hors circuit officiel. Les soignants doivent donc faire un double travail : soigner et convaincre. La prime doit les aider à tenir sur ces deux fronts.
Kamba a précisé que cette mesure s’inscrit dans un réajustement global de la riposte. Doubler la prime doit aller de pair avec un renforcement de la coordination entre autorités provinciales, partenaires techniques et communautés. La rencontre avec le nouveau gouverneur de l’Ituri doit verrouiller la mise en œuvre. Sans suivi, l’annonce risque de rester lettre morte comme lors de précédentes épidémies.
Nickson Manzekele

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