La poursuite des affrontements entre les combattants du M23 et les groupes Wazalendo contraint de nombreuses familles à quitter leurs villages de Kafulumaye, dans le groupement de Miti, et de Cibumbiro, dans le groupement de Mudaka, en territoire de Kabare dans le Sud-Kivu.
« Les habitants continuent de quitter leurs villages à cause des affrontements qui se poursuivent dans la zone. Beaucoup de familles passent désormais leurs nuits dans des conditions très difficiles », rapporte une source communautaire ayant requis l’anonymat.
Sur plusieurs axes reliant les zones touchées aux localités voisines, des mouvements de populations sont observés depuis plusieurs jours. Femmes, enfants, personnes âgées et hommes empruntent les routes avec quelques effets personnels, dans l’espoir de trouver refuge loin des combats.
Pour de nombreux ménages, ce déplacement intervient après plusieurs épisodes similaires enregistrés au cours des derniers mois. Certaines familles affirment avoir déjà abandonné leurs habitations à plusieurs reprises, perdant progressivement leurs biens, leurs récoltes et une partie de leurs moyens de subsistance.
À mesure que les déplacés arrivent dans les villages d’accueil, les besoins humanitaires deviennent plus visibles. Plusieurs familles déclarent manquer de nourriture, d’eau potable, de couvertures et d’abris adaptés. Dans certaines localités, les ménages hôtes continuent d’accueillir des proches malgré des ressources déjà limitées.
La situation demeure particulièrement préoccupante pour les enfants dont la scolarité est une nouvelle fois perturbée par l’insécurité. Certains ont quitté leurs villages alors que l’année scolaire approche de son terme, tandis que d’autres se retrouvent éloignés de leurs établissements sans certitude de reprendre rapidement les cours.
Au-delà des déplacements, les inquiétudes grandissent également autour des activités agricoles. Dans plusieurs villages affectés, des champs ont été abandonnés alors que certaines cultures n’ont pas encore été récoltées. Des acteurs locaux redoutent une aggravation des difficultés alimentaires dans les prochains mois.
« Les déplacements répétés dans le territoire de Kabare ont un effet cumulatif très grave sur les ménages. On observe une perte progressive des moyens de survie, une rupture de la scolarité et une insécurité alimentaire croissante. Si la dynamique des combats se poursuit, nous risquons une aggravation structurelle de la vulnérabilité des populations rurales », analyse le Dr Pascal Kautchu, chercheur en sciences sociales au Sud-Kivu.
Les communautés d’accueil commencent elles aussi à ressentir les effets de cet afflux de déplacés. Bien que la solidarité demeure présente, le partage des ressources devient de plus en plus difficile dans certaines zones où les conditions de vie restent précaires pour l’ensemble de la population.
« Depuis trois jours, j’ai accueilli deux familles venues de Cibumbiro. Nous faisons ce que nous pouvons, mais les moyens manquent déjà. Ici, à Miti-Centre, la solidarité reste forte, mais la situation devient lourde pour tous. Nous partageons le peu de nourriture disponible sans savoir jusqu’à quand nous pourrons tenir », témoigne Ngoy Rigobert, habitant de Kaboneke à Miti.
Face à cette situation, plusieurs voix appellent à une assistance humanitaire urgente en faveur des familles affectées. Des acteurs communautaires estiment que les besoins augmentent au même rythme que les déplacements et craignent une détérioration supplémentaire de la situation si les combats se poursuivent dans les prochains jours.
Cette nouvelle vague de déplacements illustre une fois de plus les conséquences directes de l’insécurité sur les populations civiles dans l’est de la République démocratique du Congo. Selon les tendances observées ces dernières années, les territoires de Kabare, Kalehe et plusieurs entités voisines enregistrent régulièrement des mouvements de populations liés aux affrontements armés. Des milliers de familles ont déjà été contraintes de fuir à plusieurs reprises, confirmant une dynamique de déplacements récurrents qui continue d’aggraver la vulnérabilité des ménages et de fragiliser durablement les conditions de vie dans la région.
Yseult Lwango

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