La communauté banyamulenge accuse Kigali d’instrumentaliser son identité dans le conflit en RDC
Des représentants de la communauté banyamulenge ont dénoncé vendredi à Bruxelles ce qu’ils qualifient d’« instrumentalisation » de leur citoyenneté par le Rwanda, accusant Kigali d’utiliser le nom de leur communauté pour justifier son implication dans les conflits dans l’Est de la République démocratique du Congo.
« À l’arrivée des troupes rwandaises en République démocratique du Congo appuyant l’AFDL en 1996, notre communauté est alors encore instrumentalisée par le Rwanda, le régime de Kigali se faisant une idée précise de se greffer sur notre malheur comme alibi pour justifier son agression de la RDC et l’exploiter à son compte dans ses velléités d’expansion territoriale », a déclaré Enoch Ruberangabo Sebineza, président de la communauté banyamulenge à Kinshasa.
Selon lui, Kigali utiliserait l’identité banyamulenge pour tenter de légitimer ses actions dans l’Est du pays et attribuer à cette communauté la responsabilité de crimes commis sur le sol congolais par des forces étrangères.
« C’est un mensonge que nous tenons à démonter une fois pour toutes », a-t-il insisté lors de cette conférence organisée par le mouvement citoyen congolais « Front uni pour la RDC », qui visait à offrir un espace d’expression à la communauté afin de clarifier sa position face aux tensions régionales.
M. Ruberangabo a indiqué avoir mené une démarche similaire d’explication à Washington et à New York avant de se rendre à Bruxelles. Selon lui, la République démocratique du Congo a besoin de paix et la communauté banyamulenge refuse d’être placée au centre d’une guerre régionale ou d’être utilisée par le Rwanda pour déstabiliser le pays.
« Depuis près de trente ans, le Rwanda justifie sa guerre d’agression contre la RDC en s’autoproclamant protecteur régional des Tutsi », a-t-il affirmé.
Le responsable communautaire a également averti que les discours relayés par des responsables rwandais risquent d’aggraver les tensions intercommunautaires dans l’Est du pays.
« Tous ces mensonges répétés par les officiels rwandais jusqu’au Conseil de sécurité des Nations unies visent à anéantir toutes les chances qui nous restent à cohabiter avec les communautés voisines à Uvira, à Fizi et à Mwenga au Sud-Kivu, en alimentant les extrémismes qui deviennent ses alliés objectifs et stratégiques », a-t-il déclaré.
Jean Scohier Muhamiriza, président de la communauté banyamulenge de Bukavu, actuellement en exil intérieur à Kinshasa en raison de la guerre dans l’Est du pays, a également pris part à cette conférence de presse.
Le président de la communauté banyamulenge a par ailleurs appelé les membres de la diaspora congolaise, les partenaires internationaux et les pays amis de la RDC à soutenir les initiatives visant à lutter contre les discours de haine et les discriminations, en réponse aux appels lancés par le président Félix Antoine Tshisekedi pour renforcer la cohésion nationale.
« D’un côté, certains Congolais nous rejettent et, de l’autre, le Rwanda profite de cette situation pour prétendre faussement être notre protecteur, en déstabilisant le Kivu », a-t-il ajouté.
Les intervenants ont également salué les efforts diplomatiques engagés par les autorités congolaises pour favoriser un retour à la paix, notamment l’accord signé à Washington le 4 décembre 2025 ainsi que les sanctions récemment prises par les États-Unis à l’encontre du Rwanda.
Ils ont enfin appelé le Conseil de sécurité des Nations unies à veiller à l’application stricte de la résolution 2773 exigeant le retrait rapide, total et sans condition des troupes rwandaises du territoire congolais, tout en invitant les pays membres de l’Union européenne à renforcer les sanctions contre Kigali afin de soutenir les processus de paix en cours.
La rédaction

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