La zone de santé de Kibua, située en territoire de Walikale au Nord-Kivu, traverse une crise alimentaire persistante qui fragilise gravement la santé et le bien-être de la population. Cette situation, marquée par une insécurité alimentaire chronique, expose surtout les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées à la malnutrition et à diverses maladies liées à la sous-alimentation.
Face à cette réalité alarmante, des voix s’élèvent au sein de la communauté et du personnel de santé pour appeler la population à s’approprier l’agriculture, sous toutes ses formes, comme solution durable à cette crise.
Les causes de la crise alimentaire à Kibua
Plusieurs facteurs expliquent la dégradation de la situation alimentaire dans la zone de santé de Kibua. Il s’agit notamment de l’insécurité persistante caractérisée par les affrontements armés, les tracasseries sur les axes routiers et la peur des incursions qui empêchent de nombreux agriculteurs d’accéder régulièrement à leurs champs. Certains abandonnent même totalement les activités agricoles par crainte pour leur sécurité.
Les mouvements de population dus à l’insécurité ont entraîné la perte des terres cultivables et la rupture des moyens de subsistance pour plusieurs ménages.
La faible valorisation de l’agriculture locale malgré un sol fertile et un climat favorable fait aussi partie des causes de cette situation. L’agriculture reste peu mécanisée, peu encadrée et parfois négligée, notamment chez les jeunes qui la perçoivent comme une activité pénible et peu rentable.
Le manque d’encadrement technique avec l’insuffisance d’agronomes sur le terrain, de semences améliorées et de formations agricoles limite la productivité des champs existants.
Des conséquences lourdes sur la santé et la vie sociale
Selon des sources médicales, la crise alimentaire à Kibua a des répercussions directes et visibles, notamment avec l’augmentation des cas de malnutrition, surtout chez les enfants de moins de cinq ans ; affaiblissement du système immunitaire, rendant la population plus vulnérable aux maladies ; la baisse du rendement scolaire, les enfants allant à l’école le ventre vide ; la pauvreté accrue, avec des ménages incapables de subvenir à leurs besoins alimentaires de base.
“Nous recevons régulièrement des enfants souffrant de malnutrition aiguë. La plupart viennent de familles qui n’ont plus de champs ou qui ne cultivent presque rien,” témoigne un infirmier de la zone de santé de Kibua.
L’agriculture comme piste de sortie durable
Face à cette crise, les acteurs locaux appellent à une mobilisation communautaire autour de l’agriculture, considérée comme la source de tout développement.
Selon eux, l’agriculture vivrière peut
améliorer la sécurité alimentaire des ménages ; générer des revenus locaux ; réduire la dépendance à l’aide humanitaire et lutter efficacement contre la malnutrition.
“Nos parents vivaient de l’agriculture et ne connaissaient pas autant de famine. Aujourd’hui, nous avons la terre, mais nous ne l’exploitons pas suffisamment,” regrette un notable du centre de Kibua.
Appel à l’implication de tous les acteurs
Un appel solennel est lancé à toute personne de bonne volonté, quelle que soit sa formation scientifique ou professionnelle, pour s’impliquer dans la sensibilisation de la population.
“Si chaque ménage cultivait au moins un petit champ ou un jardin potager, Kibua ne souffrirait pas autant de la faim,” affirme Mukisa Kantebe, un agronome local.
Selon lui, la vulgarisation des bonnes pratiques agricoles, l’encouragement des champs communautaires, des jardins familiaux et l’accompagnement technique sont essentiels pour relancer la production locale.
Cultiver aujourd’hui pour survivre demain
La crise alimentaire à Kibua n’est pas une fatalité. La terre reste disponible, fertile et généreuse, d’après des agronomes locaux. Ce qui manque, c’est une prise de conscience collective et une appropriation réelle de l’agriculture comme priorité communautaire, font-ils savoir.
“Cultiver, c’est se nourrir, se soigner et préparer l’avenir de nos enfants,” résume une mère de famille rencontrée à Kibua qui estime que la lutte contre la malnutrition et la pauvreté à Kibua commence par un retour déterminé à la terre.
Illar Meztiller










