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Abus contre la femme au travail : « il faut lutter pour le respect des textes » (Me Sayiba)

Abus contre la femme au travail : « il faut lutter pour le respect des textes » (Me Sayiba)

C’est autour de la question des violences faites à la femme en milieu professionnel que l’organisation « Tulizo Elle Space » a tenu une conférence avec une demi-centaine de femmes en ville de Goma ce mercredi 16 mars 2022. Cette rencontre de « franc parler » a était aussi l’occasion d’échanger des stratégies pour une plus grande compétitivité de la femme au travail.

C’est autour du thème : « Comment faire face aux violences faites à la femme en milieu professionnel ? » que ces assises se sont tenues. Après le mot d’ouverture des organisateurs, la grande salle du centre Tulizo Elle Space (TES) était pleine des participantes presque toutes impatientes d’écouter la première intervenante sur la question des abus en milieu du travail. C’est Me Nadine Sayiba. Elle est avocate au barreau du Nord-Kivu, directrice d’un des plus prestigieux cabinets-conseils en Droit dans la ville de Goma, c’est aussi une consultante sur des questions de la justice transitionnelle.

L’Oratrice a choisi l’apaisement pour commencer son intervention. « Nous les femmes, nous ne sommes pas en perpétuel combat avec les hommes, nous sommes plutôt en compétition. Dans ce monde compétitif, nous avons à gagner lorsque nous nous formons et là nous allons réclamer notre promotion,» dit-elle.

Pour mieux faire comprendre sa pensée à son autidoire, Me Sayiba a cité plusieurs sources du droit qui assurent à la femme un climat de travail sain et loin de toute forme d’abus. « La convention sur l’égalité des rémunérations protège la femme. La convention sur la discrimination, emploi et profession ; la convention sur les travailleurs ayant la responsabilité familiale ; la convention sur la protection de la maternité, et autres. Lorsqu’on analyse concomitamment ces instruments, on va se rendre directement compte que le droit au travail est garanti pour la femme.»

Pour elle, la RDC n’est plus au niveau de la proposition ou de l’adoption des lois mais plutôt leur application : « Notre pays a maintenant un cadre normatif qui donne le droit à une femme, non seulement de se rendre compétitive mais aussi d’être ouverte à la promotion parce que la promotion est un droit que prévoit le code du travail. Il faut s’assurer que ces instruments sont respectés par les employeurs,» estime-t-elle.

Tulizo Elle Space est un centre d’encadrement, de formation et de transit artistique dédié à la femme et à la jeune fille fondé l’année dernière par la photographe et documentariste Pamela Tulizo dans l’objectif de donner l’espace à la jeune femme pour développer ses capacités. Cette structure intervient dans trois domaines principalement qui sont l’art l’entrepreneuriat et le droit de la femme. L’organisation de cette conférence entre dans son dernier volet pour sensibiliser l’opinion publique sur ces faits et outiller les femmes sur comment riposter.

Plusieurs organisations de la société civile et les structures féminines dénoncent les violences en milieu professionnel que subissent les femmes. Pour cette avocate, cela est due à une banalisation de ces faits et leurs conséuances ulterieurs sur les victimes. « D’abord il y a la banalisation des actes de violences sexuelles liées à la profession par presque toutes les parties. Le chef qui demande une relation sexuelle avant une promotion et vous dit que ça ne sera qu’une seule fois et certaines femmes victimes se disent, ce n’est pas grave, c’est juste une fois. »

Ensuite, la soustraction des femmes à certains droits pourtant garantis par les textes légaux. « A un moment donné, il y a des mamans qui arrivées à une certaine période doivent partir en retraite. Elles ont droit à des rentes viagères parce qu’on retenait dans leurs salaires de l’argent qui pourra les aider pour la retraite. Et généralement on refuse de le faire valoir en disant que c’est la femme d’autrui, elle mariée d’ailleurs son mari est très riche, elle n’en a pas besoin. Pourtant cela ne doit pas se passer, il faut se syndiquer contre ces genres d’attitudes et associés les hommes, » suggère-t-elle aux victimes.

Un autre exemple très courant dans plusieurs entreprises et organisations est la liberté de maternité pour les femmes. Plusieurs patrons ne veulent débourser de l’argent en cas de congé et certains ont d’autres arrières pensées donc évitent de recruter des femmes mariées surtout celles enceintes. Me Sayiba témoigne qu’ « il y a des organisations où on viole la liberté de maternité. La femme est obligée de porter des gaines [habit qui compresse le ventre-Ndlr] pour cacher la grossesse. Et après deux mois, le chef qui tonne : Pourquoi tu nous as laissé te recruter pendant que tu étais enceinte. Pour il n’y a aucune loi qui interdit le recrutement de la femme enceinte. C’est juste une forme de discrimination à outrance » décrie-t-elle.

Il ne faut pas insulter pour réclamer son droit conseille-t-elle à l’assistance. « Certes, il y a des cas qui énervent fortement mais il faut penser calmement à une action administrative ou judiciaire tout en collectant des preuves. » Elle ajoute l’importance d’avoir des contrats écrits pour s’assurer une base arrière en cas de complications dans le futur : « Aussi, mettez tout par écrit avant de commencer un travail. Même si c’est peu d’argent, mettez ça par écrit. Même pour le bénévolat, faite un contrat. Parce que le contrat protège le travail. »

« Pour avoir une promotion, travaillons dur, soyons des femmes pluriels qui ont des connaissances dans plusieurs domaines et cela va faciliter la promotion. La promotion est un droit qui est garanti pour tous. C’est juste du courage et la détermination avec les dénonciations des abus » conclue-t-elle.

Par Akilimali Saleh Chomachoma

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