RDC : le PPRD dénonce sa dissolution et conteste la décision du Conseil d’État
Le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) dénonce sa dissolution prononcée le vendredi 30 octobre 2026 par le Conseil d’État, à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, située en Afrique centrale. Les membres de son Bureau politique contestent la légalité de cette décision et alertent sur ses conséquences pour le pluralisme politique.
Dans une déclaration rendue publique le 30 octobre, les membres du Bureau politique du PPRD ont vivement réagi à la décision judiciaire mettant fin à l’existence légale de cette formation politique. Ils estiment que cette mesure constitue une atteinte aux libertés politiques et dénoncent une volonté de réduire davantage l’espace réservé à l’opposition congolaise.
« Nous condamnons avec la plus grande fermeté cette décision, dont nous contestons la légalité et la portée politique », ont déclaré les membres du Bureau politique du parti.
Au cœur de leur contestation figure la compétence du Conseil d’État à prononcer la dissolution d’un parti politique. Les signataires invoquent notamment l’article 31 de la loi n° 04/002 du 15 mars 2004 relative à l’organisation et au fonctionnement des partis politiques. Selon leur interprétation, cette disposition attribue cette prérogative à des juridictions déterminées et ne reconnaît pas au Conseil d’État le pouvoir de prendre une telle décision.
Les responsables du PPRD s’appuient également sur les articles 6 et 8 de la Constitution congolaise, qui consacrent le pluralisme politique et les droits de l’opposition. Ils estiment que la dissolution ne respecterait pas les exigences de légalité, de nécessité et de proportionnalité prévues par les instruments internationaux de protection des droits humains, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
Cette décision intervient après deux suspensions successives des activités du PPRD, prononcées les 19 avril et 18 octobre 2025, selon la déclaration. Les responsables du parti évoquent également des arrestations, des poursuites judiciaires et des restrictions visant plusieurs formations politiques. Ils dénoncent une série de mesures qu’ils considèrent comme une pression croissante sur les acteurs de l’opposition.
Dans leur argumentaire, les membres du Bureau politique établissent un lien entre cette dissolution et plusieurs événements politiques survenus depuis 2019. Ils citent notamment la recomposition de la majorité parlementaire en 2020, les contestations autour de certaines nominations institutionnelles ainsi que les irrégularités qu’ils affirment avoir relevées lors des élections générales de décembre 2023.
Les signataires expriment par ailleurs leurs inquiétudes concernant l’avenir des institutions et le respect des dispositions constitutionnelles relatives aux mandats présidentiels. Ils mettent particulièrement en garde contre toute initiative susceptible de remettre en cause les articles 70 et 220 de la Constitution.
Sur le plan politique, le PPRD affirme que sa dissolution ne saurait effacer son rôle dans l’histoire récente du pays. Le parti rappelle sa participation au Dialogue intercongolais de Sun City, au processus de réunification nationale, à l’élaboration de la Constitution du 18 février 2006 ainsi qu’aux différents cycles électoraux organisés en 2006, 2011 et 2018.
Les responsables rappellent également que leur formation a accompagné l’alternance présidentielle de janvier 2019. Ils considèrent que son héritage politique demeure une composante importante de l’histoire institutionnelle de la RDC, malgré la décision judiciaire annoncée.
Face à cette situation, les membres du Bureau politique demandent la levée des suspensions frappant 12 autres formations politiques et réclament la libération de plusieurs personnalités qu’ils présentent comme des détenus politiques, notamment Aubin Minaku, Emmanuel Ramazani Shadary, Dunia Kilanga, Onassis Kavul et Parole Kamizelo.
Ils appellent également les militants, cadres et sympathisants du PPRD à préserver leur calme, à éviter toute provocation et à maintenir leur engagement politique. Les fédérations établies à l’étranger sont, quant à elles, invitées à poursuivre leurs activités de sensibilisation auprès des institutions internationales.
La déclaration interpelle enfin les Nations unies, l’Union africaine, l’Union européenne, la SADC, la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), la CEEAC et la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). Le parti leur demande de suivre l’évolution de la situation politique congolaise et de veiller au respect des libertés démocratiques, notamment à l’approche des élections prévues en 2028.
Pour rappel, le PPRD a été fondé en 2002 et a constitué l’une des principales formations politiques au pouvoir sous la présidence de Joseph Kabila, entre 2001 et 2019. Il a participé aux scrutins de 2006, 2011 et 2018, avant de rejoindre les rangs de l’opposition après l’alternance de janvier 2019. Les 19 avril et 18 octobre 2025 avaient déjà marqué deux étapes de suspension de ses activités. La décision du 30 octobre 2026 ouvre ainsi une nouvelle séquence dans le parcours politique de cette formation, dont les dirigeants affirment vouloir préserver l’existence militante et l’héritage historique.

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