RDC : à Kinshasa, des journalistes formés au journalisme sensible aux conflits et à la protection des enfants
Le journalisme sensible aux conflits a été expliqué lundi 24 août 2026 à Kinshasa, capitale de la RDC, lors d’un atelier de 5 jours organisé par l’Institut Darrele, afin de renforcer les compétences des professionnels des médias sur le traitement des conflits et la prévention du recrutement des enfants.
Selon Prince Murhula, facilitateur et représentant pays de Journalistes pour les droits humains (JDH), cette approche invite les professionnels des médias à réfléchir non seulement aux faits rapportés, mais également à leurs causes, leurs manifestations et aux conséquences de leur traitement sur la société.
« Le journalisme sensible aux conflits amène les journalistes à choisir délibérément les sujets à couvrir et la manière de les traiter, en mobilisant leurs compétences pour favoriser des résultats sociaux constructifs. Il reconnaît que les journalistes ne sont pas seulement responsables de rapporter les faits d’un conflit, mais aussi d’en examiner avec discernement les causes profondes et les diverses manifestations », a expliqué Prince Murhula.
Le facilitateur a insisté sur le respect des normes professionnelles dans le traitement de l’information, appelant les journalistes à se poser plusieurs questions avant et pendant la réalisation de leurs reportages.
« Il faut se poser des questions : votre média offre-t-il aux différentes parties la possibilité d’exprimer leur opinion ? Présente-t-il différentes grilles d’analyse du conflit ? Examinez-vous et rapportez-vous les perceptions erronées que les deux parties ont l’une de l’autre, afin d’encourager les parties en désaccord à réviser leurs points de vue et à réduire le conflit ? », a-t-il indiqué.
Prince Murhula a également exhorté les professionnels du micro, de la plume et de l’image à rester factuels, exacts et équitables, en veillant à vérifier les informations avant leur diffusion. Selon lui, un reportage impartial contribue à renforcer la confiance du public et peut participer à la réduction des tensions.
Il a par ailleurs mis l’accent sur la nécessité de mieux comprendre les mécanismes de résolution des conflits, estimant qu’une mauvaise gestion des tensions peut contribuer à l’escalade de la violence.
Au cours de cet atelier, la question de la protection des enfants dans les conflits armés a également été abordée. Clareine N’Lambi, représentante pays et cheffe de projet chargée de la promotion des Principes de Vancouver en Afrique subsaharienne à Darelle, a indiqué qu’un enfant sur trois en Afrique est touché par les conflits armés et les violences.
« En Afrique, 1 enfant sur 3 est touché par cette question des conflits armés et violences, et par ricochet, nous aussi, au niveau de la RDC, nous sommes aussi touchés par le même problème », a déclaré Clareine N’Lambi.
L’Institut Darrele renforce ainsi les compétences des journalistes, mais aussi celles d’autres acteurs, notamment civils, policiers et militaires, sur la prévention du recrutement et de l’utilisation des enfants dans les conflits armés.
En RDC, cette problématique concerne particulièrement les zones affectées par les violences armées dans l’est du pays, notamment les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri.
« Pour les enfants, la paix et la sécurité en RDC, nous sommes en train de faire la formation pour des journalistes spécifiquement, pour les former en ce qui concerne la prévention sur le recrutement et l’usage des enfants dans les conflits armés », a-t-elle ajouté.
Cette formation de 5 jours vise à fournir aux professionnels des médias des outils pour mieux comprendre les mécanismes liés au recrutement et à l’utilisation des enfants dans les conflits armés, tout en renforçant leur rôle dans la prévention et la protection des mineurs.
Les participants sont également sensibilisés aux Principes de Vancouver, un ensemble de 17 engagements destinés à renforcer la protection des enfants dans les conflits armés. Ces principes portent notamment sur la prévention du recrutement, la formation des acteurs du secteur de la sécurité et la prise en compte de la santé mentale.
« Ce sont des principes qui ont été créés, ils ont été déjà validés par 107 pays mondialement, et ils sont juste là pour accompagner d’autres cadres juridiques qui existent déjà dans la prévention du recrutement et l’usage des enfants dans les conflits armés », a renchéri Clareine N’Lambi.
Dans cette démarche, les journalistes sont considérés comme des acteurs importants de prévention. Leur travail peut contribuer à informer la population, sensibiliser les décideurs et attirer l’attention sur les violations commises contre les enfants, tout en évitant d’exposer davantage les victimes.
L’objectif de l’Institut Darrele est donc de permettre aux professionnels des médias de produire une information responsable, exacte et respectueuse des droits des mineurs. La formation doit également les aider à identifier les risques auxquels les enfants sont exposés et à adopter les bonnes pratiques lorsqu’ils couvrent des situations de violence.
« Les médias, les journalistes jouent un rôle essentiel pour informer, sensibiliser et influencer sur toutes les décisions. Alors cette formation permet aux journalistes de mieux comprendre d’abord les conflits, les violations graves contre les enfants, ainsi que leurs mécanismes de prévention », a indiqué Clareine N’Lambi.
Les participants doivent enfin être outillés sur les attitudes à adopter lorsqu’ils sont confrontés à un enfant victime ou exposé à une situation de recrutement ou d’exploitation. Plusieurs modules sont prévus durant les 5 jours, dont un consacré aux mécanismes d’accompagnement et d’orientation des enfants concernés.
« Il y a un module particulier qui va vraiment traiter cette question d’accompagnement : qui faut-il contacter, à qui est-ce qu’on doit confier l’enfant, tous ces mécanismes sont bel et bien prévus », a conclu Clareine N’Lambi.
Cette initiative intervient alors que les violences armées continuent d’affecter plusieurs territoires de l’est de la RDC, où les enfants figurent parmi les populations les plus exposées. La formation de Kinshasa entend ainsi renforcer le rôle des médias dans la prévention des violences et la protection des mineurs.
La rédaction

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