RDC : la guerre dans l’Est entraîne le stress opérationnel et le dysfonctionnement physique des militaires (étude)

Un travail de mémoire défendu mercredi 7 décembre à Kinshasa a mis en évidence l’impact du stress opérationnel sur l’efficience cognitive des militaires congolais engagés dans les zones de conflit de l’est de la République démocratique du Congo (RDC), soulignant le manque de préparation et de prise en charge psychologique au sein des forces armées.

La soutenance s’est tenue dans l’enceinte de la Clinique Kinoise, dans la commune de la Gombe, en présence d’un jury composé de professeurs de l’Université de Ngaoundéré, au Cameroun, et de l’Université des Martyrs du Congo (UNIM-RDC), dans le cadre d’une coopération interuniversitaire.

Réalisée par l’étudiant Irenge Ciringwi Deogratias, l’étude analyse la relation entre le stress opérationnel et l’efficience cognitive des militaires déployés dans l’est de la RDC, une région en proie depuis plusieurs années à des conflits armés persistants.

« Les militaires congolais sont soumis à des conditions extrêmes marquées par la peur, la perte, la privation et une exposition continue à la mort », a déclaré le chercheur.

« Ce contexte crée un stress opérationnel intense qui, au-delà de ses effets physiologiques, entraîne une altération progressive des fonctions cognitives telles que la mémoire, l’attention, la concentration et la prise de décision. »

Enquête menée dans l’est du pays

L’étude repose sur une approche mixte, qualitative et quantitative. Des enquêtes ont été menées auprès de 300 militaires déployés dans trois zones de conflit l’Ituri, Beni et Walikale à l’aide de questionnaires basés sur des échelles d’évaluation du stress opérationnel et de l’efficience cognitive.

Des outils complémentaires ont été adressés aux professionnels de santé militaire et aux commandants afin d’identifier des signes observables de troubles cognitifs.

Les résultats montrent que la majorité des militaires interrogés présentent un niveau élevé de stress opérationnel, souvent accompagné de symptômes d’épuisement mental, d’anxiété et de désorientation cognitive.

À Walikale, les niveaux de stress observés sont particulièrement élevés.

Selon l’étude, environ 29 % des militaires évalués présentent des troubles du langage et de la mémoire en corrélation directe avec le stress opérationnel.

« Plus l’intensité du stress augmente, plus les capacités mentales des militaires tendent à se détériorer », a expliqué Irenge Ciringwi Deogratias, ajoutant que ces troubles affectent directement la performance et la capacité d’adaptation en situation de combat.

Absence de préparation psychologique

Sur le plan psychologique, le mémoire met en évidence la prévalence de troubles liés à l’exposition répétée à la violence, notamment le trouble de stress post-traumatique, les troubles anxiodépressifs et le désengagement émotionnel. L’absence de dispositifs institutionnels de soutien psychologique au sein des Forces armées de la RDC (FARDC) accentue la vulnérabilité des soldats, selon l’étude.

« Ce qui a manqué aux militaires, c’est d’abord la préparation psychologique », a souligné le chercheur.

« Avant leur déploiement sur les lignes de front, ils ne sont pas préparés psychologiquement, et il n’existe pas de service spécialisé pour les accompagner avant, pendant et après les opérations. »

Recommandations et réformes en cours

Le mémoire recommande notamment la création d’un service de santé mentale militaire doté de psychologues cliniciens, de psychiatres et de neuropsychologues, l’intégration de modules de psychologie opérationnelle et de gestion du stress dans la formation militaire, ainsi que la mise en place de programmes de rotation des troupes et de débriefing psychologique post-mission.

Pour le professeur Akilimali, membre du jury, ces propositions sont applicables.

« Les propositions données par les chercheurs sont réalisables et peuvent être mises en œuvre en République démocratique du Congo, car la volonté politique du chef de l’État est présente », a-t-il déclaré.

« Lorsqu’il sera informé de ces travaux scientifiques, il y a de grandes chances que des actions concrètes soient entreprises pour améliorer la situation des militaires en RDC. »

Depuis l’avènement du président Félix Tshisekedi, des efforts ont été engagés pour améliorer les conditions de vie des militaires, notamment par la revalorisation des soldes, un facteur clé dans la réduction du stress opérationnel, selon des analystes. Toutefois, le mémoire souligne que ces avancées doivent être accompagnées de mesures structurelles durables en matière de santé mentale.


L’étude ouvre enfin la voie à de futures recherches sur l’impact des interventions psychothérapeutiques, l’évolution à long terme des fonctions cognitives après des déploiements prolongés et la comparaison des stratégies de gestion du stress entre différentes armées africaines, dans une situation où la santé mentale des soldats demeure largement sous-estimée.

La rédaction