Chaque 6 janvier, la Journée mondiale des enfants orphelins de guerre rappelle au monde la responsabilité collective de protéger les enfants victimes des conflits armés. Dans les territoires de Kabare et Kalehe, au Sud-Kivu, cette journée résonne avec une intensité particulière. Les combats armés, les déplacements forcés et l’insécurité chronique ont laissé derrière elles des centaines d’enfants privés de leurs parents, contraints de survivre dans des conditions extrêmement précaires.
Des enfances brisées par la guerre
À Kalehe, Amani (nom modifié), 14 ans, a perdu son père lors d’une attaque armée, avant que sa mère ne succombe aux conditions de déplacement. Aujourd’hui, il vit chez un proche, sans soutien stable.
« Je n’ai plus personne pour payer l’école. Parfois je travaille au champ pour manger. Quand je vois les autres enfants avec leurs parents, je me sens seul », raconte-t-il.
À Bushumba Naomie (nom modifié), 12 ans, a vu sa vie basculer après la mort de ses parents pendant les violences dans son village.
« La nuit, je fais souvent des cauchemars. J’ai peur des bruits. J’aimerais redevenir une enfant normale et retourner à l’école », confie-t-elle.
Comme eux, de nombreux enfants orphelins de guerre grandissent dans la peur, la pauvreté et l’abandon, souvent sans accompagnement psychosocial ni protection adaptée.
Conséquences sociales, psychologiques et éducatives alarmantes
Les conséquences de cette situation sont profondes et durables. Sur le plan psychologique, beaucoup d’enfants développent des traumatismes, de l’anxiété chronique, des troubles du sommeil et un sentiment d’insécurité permanent. Sans suivi spécialisé, ces blessures invisibles compromettent leur développement émotionnel.
Sur le plan éducatif, la majorité de ces enfants abandonnent l’école faute de moyens ou de soutien. Le décrochage scolaire expose certains au travail précoce, à la mendicité, voire au recrutement par des groupes armés. Socialement, l’absence de structures d’accueil et de mécanismes de réinsertion favorise l’isolement, la stigmatisation et l’exclusion communautaire.
Pour Mulinga Masumbuko Alfred, défenseur des droits humains et acteur de la société civile, ces conséquences constituent une menace pour la stabilité future de la région :
« Un enfant orphelin de guerre abandonné aujourd’hui devient un adulte vulnérable demain. Sans protection ni éducation, nous préparons une crise sociale durable. La prise en charge de ces enfants doit être une priorité absolue », insiste-t-il.
Des droits reconnus, mais peu respectés
La situation des enfants orphelins de guerre à Kabare et Kalehe viole plusieurs dispositions de la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE), ratifiée par la République démocratique du Congo.
L’article 3 impose que l’intérêt supérieur de l’enfant guide toute décision le concernant. L’article 6 garantit le droit à la survie et au développement. L’article 19 protège l’enfant contre toute forme de violence, de négligence ou d’abandon. L’article 20 stipule que tout enfant privé de son milieu familial a droit à une protection spéciale de l’État. L’article 28 consacre le droit à l’éducation, tandis que l’article 39 exige la réadaptation psychologique et la réinsertion sociale des enfants victimes de conflits armés.
Face à cette réalité, un appel pressant est lancé aux autorités publiques, aux partenaires humanitaires et à la communauté nationale et internationale afin de renforcer les mécanismes de protection, soutenir les familles d’accueil et développer des structures adaptées à Kabare et Kalehe. En cette Journée mondiale des enfants orphelins de guerre, une évidence s’impose : protéger ces enfants, c’est reconstruire l’avenir de toute une région.
Les noms des enfants ont été modifiés afin d’assurer leur protection.
Yseult Lwango










