Nord-Kivu : appel au dialogue des élites et à la responsabilité collective pour l’avenir du territoire de Walikale

“Fils de Walikale, c’est avec gravité, responsabilité et un profond amour pour cette terre meurtrie que s’élève aujourd’hui une voix d’alerte et de rassemblement. Les débats récents et certaines déclarations attribuées à des ressortissants de Walikale révèlent une crise plus profonde : celle de la légitimité de la parole et de la représentation communautaire,” c’est ce qu’on peut lire dans l’introduction même d’une note de position citoyenne, adressée à l’élite de Walikale par Samuel Kisekelwa, acteur citoyen ressortissant de ce vaste territoire du Nord-Kivu.

Dans sa correspondance, il rappelle que, “nul n’a le droit de parler au nom d’un territoire sans mandat moral, sans consultation et sans ancrage communautaire.” Pour lui, Walikale ne saurait être confisqué par des ambitions individuelles, des cercles fermés ou des intérêts extérieurs.

“Walikale n’est la propriété d’aucun individu, d’aucun groupe fermé, encore moins d’intérêts extérieurs,” souligne le texte avec fermeté.

La parole communautaire, fruit du dialogue et du consensus

D’après Samuel Kisekelwa, toute prise de position engageant l’avenir de Walikale doit impérativement s’inscrire dans une dynamique collective.

“Toute parole engageant Walikale doit naître du dialogue, de l’écoute et du consensus entre ses filles et ses fils.”

Cette exigence n’est pas seulement morale, elle est stratégique : sans unité de vision, le territoire reste vulnérable aux décisions imposées de l’extérieur, souligne-t-il.

Mémoire, souffrance et responsabilité historique

Dans son texte, Samuel Kisekelwa rappelle que les souffrances endurées par Walikale au fil des décennies ne peuvent être banalisées ni exploitées à des fins personnelles. La mémoire des victimes impose une posture de responsabilité.

Comme le rappelle avec force le texte, “la mémoire de nos morts nous impose la responsabilité, non la confusion”.

Cependant, il est également reconnu que “la colère seule ne construit pas l’avenir.” Sans organisation ni réflexion collective, l’émotion devient un facteur de division plutôt qu’un moteur de transformation.

La division des élites, un frein majeur au développement

L’un des maux les plus profonds de Walikale demeure la fragmentation de ses élites, souligne Samuel Kisekelwa.

“La division entre élites communautaires est l’une des faiblesses majeures qui freinent le développement de Walikale.”

Face à ce constat, un appel solennel est lancé en faveur d’un dialogue inclusif rassemblant élites, leaders communautaires, jeunes, femmes et forces vives. Ce dialogue est présenté comme une urgence vitale, car “sans ce dialogue, nous continuerons à nous affaiblir nous-mêmes pendant que d’autres décident à notre place.”

Légitimité, retenue et unité stratégique

Le texte condamne sans ambiguïté toute prétention illégitime à représenter Walikale.

“Je condamne fermement toute tentative d’usurpation de la qualité de notable ou de représentant de Walikale sans consultation préalable de la communauté.”

Selon lui, parler au nom du territoire exige “une légitimité collective, une responsabilité morale et un engagement clair pour l’intérêt général.”

Toutefois, cet appel à la rigueur s’accompagne d’un message de sagesse et de réconciliation.

“Walikale ne se sauvera ni par l’exclusion permanente ni par la haine, mais bien par l’organisation, la conscience citoyenne et l’unité stratégique.”

Cet appel est avant tout une invitation à l’introspection collective et à la maturité politique. L’avenir de Walikale ne se construira ni dans le tumulte des querelles internes ni dans les proclamations solitaires, mais dans un dialogue sincère, inclusif et responsable, indique-t-il. C’est à ce prix que Walikale pourra reprendre en main son destin et parler d’une seule voix, forte et légitime, conclut ce texte.

Illar Meztiller