La crise humanitaire continue de s’aggraver dans le territoire de Kabare, en province du Sud-Kivu, où plusieurs milliers de personnes déplacées à la suite des affrontements armés entre les éléments Wazalendo et ceux de l’AFC/M23 vivent dans des conditions extrêmement difficiles.
Contraintes de fuir leurs villages, ces populations ont trouvé refuge au sein de familles d’accueil dans des entités jugées relativement calmes, notamment dans les groupements de Bugorhe et d’Irhambi-Katana. Toutefois, cette hospitalité se fait au prix de lourds sacrifices, tant pour les déplacés que pour les ménages hôtes, souvent démunis.
« Nous accueillons plus de trois familles dans une maison prévue pour une seule. Nous partageons le peu que nous avons, mais parfois même la nourriture manque », témoigne un habitant du groupement de Bugorhe, famille d’accueil depuis plusieurs mois.
Selon le président du Mouvement d’Action et d’Observation Parlementaire et Gouvernementale (OBAPEG RDC), sous-noyau de Bugorhe, le nombre de déplacés est estimé à plusieurs milliers de personnes. Ils proviennent principalement des villages de Mulangala et Kabulungu, dans le groupement de Bugorhe, ainsi que de Maziba, dans le groupement d’Irhambi-Katana.
La même source précise que ces zones sont devenues de véritables champs de bataille depuis le mois de juillet 2025, rendant tout retour impossible pour les populations affectées. L’insécurité persistante empêche les déplacés de regagner leurs villages, d’accéder à leurs champs et de récupérer leurs biens abandonnés lors de leur fuite.
« Nous avons fui la nuit avec nos enfants. Nous avons laissé nos champs et nos animaux derrière nous. Aujourd’hui, nous ne savons même pas si nos maisons existent encore », confie une femme déplacée originaire de Mulangala, rencontrée à Irhambi-Katana.
Composée en majorité d’agriculteurs et d’éleveurs vivant aux abords du Parc national de Kahuzi-Biega, cette population se retrouve privée de ses principaux moyens de subsistance. Plusieurs déplacés affirment n’avoir pas pu récolter le peu qu’ils avaient semé, ce qui a considérablement aggravé leur situation alimentaire.
« Toute notre survie dépendait de nos champs. Cette saison, nous n’avons rien récolté. Ici, nous dépendons de la charité », explique un père de famille déplacé de Kabulungu.
Sur le plan humanitaire, les besoins sont multiples et urgents. Les déplacés font face à un manque criant de nourriture, à l’absence d’accès adéquat aux soins de santé, ainsi qu’à des conditions de logement précaires. Certains déplacés, faute d’abris, passent leurs nuits à la belle étoile, exposés au froid et aux maladies.
Les femmes et les enfants restent les plus vulnérables. Des mères de famille évoquent des difficultés pour nourrir leurs enfants, tandis que certains enfants souffrent de malnutrition et n’ont plus accès à l’école.
Face à cette situation alarmante, le mouvement citoyen OBAPEG RDC, sous-noyau de Bugorhe, lance un appel urgent aux autorités, aux personnes de bonne volonté et aux organisations humanitaires nationales et internationales. L’organisation plaide pour une assistance humanitaire immédiate, incluant la distribution de vivres, l’accès aux soins de santé, des abris temporaires et une prise en charge spécifique des femmes et des enfants.
« Ces déplacés ont tout perdu. Sans une intervention rapide, leur situation risque de devenir catastrophique », alerte le président président de cette structure.
Alors que l’insécurité continue de sévir dans certaines parties du territoire de Kabare, ces populations déplacées restent dans l’attente d’une réponse humanitaire coordonnée, seule capable d’atténuer leurs souffrances et de leur redonner un minimum de dignité.
Yseult Lwango











