A quelques heures de la célébration de Noël, la ville de Bukavu et ses environs vivent une atmosphère particulière, marquée à la fois par l’attente de la fête et par les lourdes conséquences de la crise sécuritaire liée à la guerre dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans plusieurs quartiers de Bukavu, les marchés sont animés mais loin de l’effervescence habituelle des fêtes de fin d’année. Les commerçants proposent vêtements, vivres et petits cadeaux, mais reconnaissent que le pouvoir d’achat de la population a fortement diminué. Beaucoup de familles se limitent à l’essentiel, privilégiant la nourriture de base plutôt que les dépenses festives.
« Cette année, Noël sera très simple. Avec la situation actuelle, nous pensons d’abord à manger et à rester en sécurité », explique Safari Nkoy, père de cinq enfants vivant à Bukavu.
Dans les zones périphériques et rurales, notamment à Miti, Mudaka, Kabare et Kalehe, la situation est encore plus préoccupante. Les effets indirects de la guerre — insécurité persistante, déplacements de populations, hausse des prix des denrées alimentaires et difficultés de circulation pèsent lourdement sur les préparatifs de Noël. Certaines familles déplacées ou vulnérables passeront cette fête sans repas spécial ni habits neufs, contrairement aux traditions.
Pour Safari Nkoy, cette fête revêt cette année une signification particulière :
« Avant, Noël était un moment de joie pour les enfants, avec de nouveaux vêtements et un bon repas. Aujourd’hui, je fais tout pour que mes enfants aient au moins de quoi manger et qu’ils soient en sécurité. Le reste viendra après », confie-t-il avec émotion.
Malgré ce contexte difficile, les églises restent des espaces d’espoir et de réconfort. Les fidèles se préparent à célébrer la veillée de Noël à travers des messes et prières axées sur des messages de paix, de solidarité et de résilience. Plusieurs communautés religieuses annoncent également des gestes de partage en faveur des familles démunies, des déplacés et des malades.
Cependant, la question sécuritaire demeure une préoccupation majeure. À Bukavu et dans ses environs, de nombreux habitants limitent leurs déplacements, surtout la nuit, et évitent les grands rassemblements par crainte d’incidents. Les autorités locales appellent la population à la vigilance et au calme durant cette période sensible.
À la veille de Noël, Bukavu vit donc une célébration marquée par la sobriété, la prière et la solidarité, dans l’espoir que cette fête ravive l’espérance d’un avenir meilleur. Pour de nombreuses familles, Noël 2025 est avant tout un moment pour implorer la paix, la sécurité et la fin des souffrances liées à la guerre.
Dans l’Est de la RDC, célébrer Noël en temps de crise devient un acte de foi et de résistance.
Yseult Lwango










