RDC : les accords de Washington et Doha menacés sans véritable dialogue intercongolais, selon la société civile

 

Soixante-cinq organisations de la société civile congolaise, dont le mouvement citoyen LUCHA, ont déclaré jeudi que les accords de Washington et de Doha , auxquels doivent prendre part les présidents congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame sous la médiation de l’ancien président américain Donald Trump  ne permettront pas d’aboutir à une paix durable en République démocratique du Congo sans la tenue urgente d’un dialogue intercongolais inclusif.

Dans une déclaration commune, les organisations affirment que les initiatives diplomatiques en cours, centrées sur le gouvernement congolais, le Rwanda et la coalition  AFC/M23, « ne s’attaquent pas aux causes profondes des conflits » et risquent de « rester des avancées sur le papier ».

« Sans un dialogue inter-Congolais inclusif donnant la parole aux populations directement touchées, aux autres groupes armés, à l’opposition non armée et à la société civile  ces accords ne garantiront ni une paix réelle ni une stabilité durable », ont-elles indiqué.

Les signataires estiment que, malgré les cessez-le-feu annoncés ces dernières années, la situation sécuritaire continue de se détériorer, citant une reprise des violences dans les zones de Kamanyola, Mwenga et les environs d’Uvira, où une nouvelle escalade menace, selon elles, un embrasement régional.

La déclaration critique également la « réduction artificielle » du conflit à trois protagonistes  RDC, Rwanda et AFC/M23  qui, selon elles, « écarte des acteurs et des dimensions essentielles de l’instabilité » dans l’Est du pays.

Les organisations demandent à la communauté internationale d’user de tous les moyens diplomatiques pour favoriser la tenue rapide de ce dialogue. Elles appellent notamment au « respect strict » du cessez-le-feu, à son élargissement aux groupes armés non concernés par les discussions actuelles, ainsi qu’aux forces burundaises et ougandaises présentes dans l’Est.

Elles exhortent également les partenaires internationaux à exiger de toutes les parties l’application complète de la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU, incluant « le retrait inconditionnel des troupes rwandaises » et « la fin de tout soutien étatique aux groupes armés ».

« Les États-Unis, le Qatar, l’Union africaine et l’ensemble de la communauté internationale doivent exercer une pression sur le président Félix Tshisekedi afin qu’il permette la convocation urgente d’un dialogue national véritablement inclusif », ont-elles ajouté, appelant à un processus inspiré du pacte social proposé par les Églises catholique et protestante.

Selon les signataires, ce dialogue devrait aboutir à des engagements contraignants pour toutes les parties et ouvrir la voie à la réunification du pays, au rétablissement de l’autorité de l’État, au désarmement des groupes armés, à des réformes institutionnelles prioritaires et à l’organisation des prochaines élections générales.

Elles estiment que la poursuite du statu quo, alors que des « armées étrangères occupent des pans entiers de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu » et que des « administrations parallèles » seraient mises en place par l’AFC/M23, « revient à consacrer la partition de fait du pays ».

La Rédaction