POURQUOI KIGALI AVAIT-IL BESOIN D’ASSASSINER MGR CHRISTOPHE MUNZIHIRWA, ARCHEVÊQUE DE BUKAVU ?


POURQUOI KIGALI AVAIT-IL BESOIN D’ASSASSINER MGR CHRISTOPHE MUNZIHIRWA, ARCHEVÊQUE DE BUKAVU ?

QUELLE MENACE REPRÉSENTAIT-IL POUR LE FPR ?


INTRODUCTION

Depuis l’assassinat de l’Archevêque de Bukavu, Mgr Christophe Munzihirwa, sur la route de Nyawera, au lieu qui porte désormais son nom, en ce fatidique soir du 29 octobre 1996, d’aucuns ne cessent de se poser une question lancinante :
pourquoi le pouvoir du FPR avait-il choisi l’élimination physique du prélat catholique au lieu de le détenir, puisque ses officiers l’avaient identifié formellement, ainsi que ses deux compagnons d’infortune ?

Un ordre était venu d’en haut avant l’exécution du vieil archevêque à bout portant. Les séminaristes barnabites de chez Vamaro et les prêtres de l’Archevêché, qui étaient venus le matin récupérer son corps ensanglanté, étaient formels : les bourreaux leur avaient remis le corps, sans états d’âme, après quelques discussions, et ils s’en étaient référés à leur hiérarchie par téléphone satellitaire.

Leur acte était donc prémédité : Mgr Munzihirwa n’est pas mort des suites d’une balle perdue. Il avait été tué délibérément.


1. L’HOMME QUI DÉRANGEAIT

Lorsque la coalition du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi, avec la bénédiction de leurs mentors, décida, en août-septembre 1996, de lancer les hostilités contre le Zaïre dans sa partie Est, en utilisant le prétexte d’une revendication de nationalité pour les Tutsis Banyamulenge, très peu de monde s’imaginait l’ampleur du complot qui était ourdi et le soutien des puissances occidentales à la réalisation de ce plan macabre : démanteler les camps des réfugiés hutus, sources d’insécurité, selon eux, pour les trois pays.

Ils avaient aussi besoin de contrôler les territoires frontaliers de l’Est pour juguler toute menace : occuper la terre et, plus tard, exploiter les richesses.

Lorsque les attaques sur Lemera, Uvira et toute la plaine de la Ruzizi commencèrent, on se rendit compte que les assaillants étaient accompagnés par toute une « machine de communication » au niveau international occidental.

Il était donc devenu dérangeant.


2. CASSER LA VOIX DISSIDENTE

Les autorités du FPR avaient senti qu’il était dangereux de laisser résonner cette voix qui contredisait leurs thèses de victimisation et qui dénonçait tout haut les massacres et violations massives des droits humains que les assaillants du FPR commettaient dans les camps des réfugiés hutus et sur des populations civiles congolaises.

Ils avaient donc probablement suivi pas à pas les mouvements du vieux prélat pendant des jours, jusqu’à l’embuscade fatidique de Nyawera.

La veille de son assassinat, Mgr Munzihirwa venait de délivrer un message à Radio Vatican et sur Radio Maendeleo, dans lequel il exhortait la population à ne pas « s’en prendre aux Banyamulenge innocents » (ce sont nos frères, disait-il !) et il martelait :

« NE QUITTEZ PAS VOS MAISONS, NE QUITTEZ PAS VOS TERRES. »

Et il exhortait les militaires à faire leur travail de défense de la Patrie, et non à piller les biens des populations ! Cela sonnait comme un testament.

Ce discours ne pouvait pas plaire à ceux qui voulaient que les communautés s’entretuent pour justifier la guerre. Mais surtout, comment laisser en vie quelqu’un qui appelle à la résistance contre ceux qui viennent à la recherche de terres à coloniser ?

On sait que les habitants de Bukavu, qui suivirent le conseil de l’Archevêque de rester chez eux, furent sauvés.
Ceux qui, pris de panique à l’annonce de sa mort, se jetèrent sur les routes, furent massacrés sans pitié, et certains survivants arrivèrent même jusqu’à Kisangani, à pied.

3. MUNZIHIRWA, MARTYR DE LA FOI, DU COURAGE ET DE LA JUSTICE

En planifiant la mort de Munzihirwa et de beaucoup d’autres notables de la ville, des prêtres, des religieuses, le FPR espérait semer la peur, traumatiser les populations pour qu’elles abandonnent maisons et terres.

C’est le contraire qui arriva : autour des Églises (catholique, protestante, kimbanguiste) et de la société civile, la résistance s’organisa contre l’occupant !
Les Bamis, chefs traditionnels, prirent la tête d’une résistance armée, avec les Maï-Maï que nous avons connus (autour de Padiri Bulenda, à Kalehe/Bunyakiri, avec le Mudundu-40, dans le Bushi, autour d’Odilon Kurhengamuzimu et d’autres, dans la plaine de la Ruzizi, etc.).

4. L’HÉRITAGE

Ainsi, après Munzihirwa, vint Mgr Kataliko avec le même charisme, le même esprit patriotique et de résistance.
Il fut exilé dans son diocèse d’origine, Butembo.
Et, devant la pression des manifestations organisées par les prêtres, les fidèles et le tollé général de la communauté internationale, la rébellion du RCD, qui avait remplacé l’AFDL, dut le libérer.
Il mourut quelque temps après, pendant un symposium des évêques à Rome (de manière « suspecte », selon certains).

Ainsi, le pouvoir du FPR regrettera toujours d’avoir éliminé physiquement Mgr Munzihirwa.
Son martyre lui a donné une envergure extraordinaire, au point d’inspirer les générations futures de manière durable.

Non seulement il est en passe d’être bientôt béatifié par le Pape de Rome, mais partout dans le monde, on célèbre la date de son assassinat, le 29 octobre 1996.
En outre, des colloques et conférences scientifiques sont organisés pour étudier sa pensée et son action.
Des thèses de doctorat sont produites régulièrement, depuis quelques années, dans plusieurs universités congolaises, africaines et occidentales, sur la pensée, la théologie, la praxis pastorale et la philosophie de Mgr Munzihirwa.

CONCLUSION

Ceux qui ont planifié la mort de Mgr Christophe Munzihirwa ont créé un héros et semé, sans le vouloir, un esprit chez ses disciples : celui de la résilience et de la résistance.

Et c’est à juste titre que le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi, dans un message à l’occasion du 29ᵉ anniversaire du martyre de Mgr Munzihirwa, l’a montré en exemple à la jeunesse comme un héros à imiter.

Fraternité Mgr Christophe Munzihirwa