Depuis cinq mois, la capitale semble hantée par une série de disparitions mystérieuses.
Dix-neuf femmes, âgées de 18 à 42 ans, ont été portées disparues entre janvier et mai 2024.
La plupart vivaient dans les quartiers populaires de Makélékélé, Moungali et Talangaï.
Aucune trace, aucun appel de rançon, aucune revendication. Seulement des familles qui attendent, et des rumeurs qui s’épaississent.
Les histoires se ressemblent : une sortie en soirée, un trajet en moto, un rendez-vous annoncé sur les réseaux, puis plus rien.
Le commissariat central évoque des « enquêtes en cours », mais la lenteur et le manque de coordination des services de sécurité alimentent la méfiance.
À Brazzaville, beaucoup parlent désormais d’un réseau organisé.
D’autres penchent pour une vague d’enlèvements à but rituel, théorie classique en période de tension politique.
Dix-neuf noms, dix-neuf familles
Parmi les disparues :
- Grâce N., 23 ans, étudiante à l’Université Marien Ngouabi.
- Mireille T., 28 ans, coiffeuse à Poto-Poto.
- Clarisse M., 19 ans, vendeuse ambulante.
- Nancy E., 30 ans, employée d’une société de nettoyage.
- Thérèse L., 42 ans, commerçante au marché Total.
(et quatorze autres cas recensés par les ONG locales).
Les ONG “Femmes Debout” et “Voix du Congo” dénoncent un silence officiel inquiétant, malgré les signalements déposés dès février.
Les cercles du pouvoir sous les murmures
Des rumeurs circulent dans les couloirs des cafés diplomatiques et sur les messageries cryptées.
Plusieurs noms de politiciens ou de hauts fonctionnaires sont évoqués, sans aucune preuve tangible.
Dans certains témoignages, les noms des certains proche du pouvoir reviennent à plusieurs reprises, mais aucune enquête judiciaire officielle n’a encore établi de lien entre ces disparitions et les personnalités citées.
Un officier de police, sous couvert d’anonymat, reconnaît simplement :
« Il y a des zones où nous n’avons pas accès, des maisons qu’on ne visite pas sans autorisation politique. »
L’omerta et la peur
Dans les quartiers, la peur s’installe. Les femmes sortent de moins en moins seules la nuit.
Les familles s’organisent en groupes d’alerte via WhatsApp, partageant photos et témoignages.
Certains habitants parlent d’un véhicule blanc sans plaque, aperçu à plusieurs reprises près des lieux de disparition.
D’autres y voient une manipulation politique avant les prochaines élections.
L’État, entre déni et embarras

Lors d’une conférence de presse début juin, le porte-parole du gouvernement a condamné les « rumeurs infondées » et promis que « toute la lumière sera faite ».
Aucune nouvelle arrestation n’a été annoncée depuis.
Les ONG locales, elles, demandent la création d’une commission indépendante pour enquêter sur ce qu’elles appellent désormais “les disparues du fleuve”.
Dix-neuf femmes. Dix-neuf histoires suspendues dans l’air chaud de Brazzaville.
Leurs visages s’affichent sur des pancartes dans les marchés, sur les murs des églises, parfois en stories sur les réseaux sociaux.
Chaque photo est un rappel : derrière le brouillard politique, il y a des vies qui s’effacent, lentement, sans bruit.
Il convient de rappeler que des cas similaires de disparitions avaient déjà été signalés les années précédentes, sans qu’aucune enquête n’aboutisse véritablement. Ces affaires, restées sans suite concrète, avaient déjà nourri un climat de méfiance et renforcé le sentiment d’impunité au sein de la population brazzavilloise.
Et tant que personne n’aura parlé, Brazzaville continuera de murmurer sans savoir à qui appartient vraiment ce silence.
La rédaction










