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Roger Lumbala maintenu en détention

Roger Lumbala maintenu en détention

La cour d’appel de Paris a rejeté, mardi 19 janvier, sa demande de mise en liberté.

L’ancien seigneur de guerre congolais, Roger Lumbala, reste en détention provisoire à la maison d’arrêt de la santé. Arrêté fin décembre dans la capitale, il est, depuis le 2 janvier, mis en examen pour « participation à un groupement formé en vue de la préparation de crimes contre l’humanité » et « complicité de crimes contre l’humanité ».

Il est brièvement sorti de sa cellule, mardi 19 janvier, transporté au palais de justice de Paris. L’ancien rebelle, aujourd’hui âgé de 62 ans, a comparu devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris. A l’issue d’une audience qui s’est tenue à huis clos, sa demande de libération sous contrôle judiciaire a été rejetée.

Les faits qui lui sont reprochés remontent au début des années 2000. Le militant politique exilé en France, où il avait obtenu l’asile au cours de la décennie précédente, rejoint alors les confins du nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), théâtre d’une guerre régionale sanglante. Il y prend les armes et la tête d’un mouvement rebelle, le Rassemblement congolais pour la démocratie-National (RCD-N) un temps soutenu par l’Ouganda voisin.

Bien que, peu nombreux, les combattants aux ordres de M. Lumbala sont soupçonnés par les Nations unies d’avoir commis des exactions aux côtés de la branche armée du Mouvement de libération du Congo (MLC) dirigé par son allié d’alors, Jean-Pierre Bemba, un autre seigneur de guerre.

617 crimes graves

Entre octobre 2002 et janvier 2003, les deux groupes armés mènent l’opération « Effacer le tableau » qui a tourné au massacre de civils, notamment de pygmées, de même qu’à des actes présumés de cannibalisme. L’ONU a également documenté l’usage du « viol comme tactique de guerre » et note dans son « rapport Mapping » l’utilisation par des éléments de M. Bemba d’« organes de certaines de leurs victimes [sexe et oreilles] comme trophées de guerre (…) montrés à la population ».

Le parquet national antiterroriste a déclaré que cette procédure visant M. Lumbala s’appuie principalement sur le « rapport Mapping » réalisé il y a dix ans par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies. Ce document recense et analyse 617 crimes graves commis entre 1993 et 2003 en RDC, mais ne dévoile pas, dans sa version publique, les identités des auteurs présumés de ces exactions. Aucun responsable de groupes armés impliqués dans cette guerre n’a été condamné et la plupart de leurs chefs ont, par la suite, occupé des hautes fonctions politiques.

Pour sa défense, M. Lumbala prétend aujourd’hui qu’il n’avait pas le « contrôle effectif » de ses combattants au moment des faits reprochés et souhaite que plusieurs témoins puissent être interrogés. « Il conteste formellement avoir été à la tête des forces armées qui ont commis les exactions et l’enjeu sera d’établir la chaîne de commandement dont laquelle il prétend n’avoir eu aucun rôle », expliquent ses avocats Me Roxane Best et Me Antoine Van Rie.

Le risque de fuite, au Kenya ou au Canada où deux de ses enfants résident, avait déjà été invoqué pour justifier son maintien en détention provisoire. « Un statut sous contrôle judiciaire ou un bracelet électronique seraient largement suffisants », ajoutent ses conseils.

« Un pas important pour la justice internationale »

Après la guerre, M. Lumbala est devenu ministre éphémère puis député, sénateur, porte-parole d’un autre mouvement rebelle responsable d’exactions et dirigeant d’un microparti qui soutient l’actuel président Félix Tshisekedi.

Entre-temps, il avait fait, en 2012, une nouvelle demande d’asile en France qui lui a été refusée. L’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) n’ignorait pas son implication présumée dans des crimes de guerre, ce qu’il a contesté devant la Cour nationale du droit d’asile. En vain. Il est l’objet d’un signalement de l’Ofpra auprès du pôle crimes contre l’humanité du parquet de Paris. L’enquête, commencée en 2016, est confiée à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH).

Son arrestation et son placement en détention provisoire ont été salués par les défenseurs des droits de l’homme congolais. Le médecin gynécologue et activiste, Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix en 2018, a ainsi salué « un pas important pour la justice internationale ». Le bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme voit là « un signe encourageant dans le cadre de la lutte contre l’impunité ».

Joan Tilouine/ Journal Le Monde

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