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Beni : le mariage, une espèce en voie de disparition à Kasindi, plusieurs femmes rejoignent les hommes en union libre « Yaka tofanda » (Billet de Paul Zaïdi)

Beni : le mariage, une espèce en voie de disparition à Kasindi, plusieurs femmes rejoignent les hommes en union libre « Yaka tofanda » (Billet de Paul Zaïdi)

L’ampleur du phénomène « Yaka to fanda » ou « viens et cohabitons » :

Dans la cité frontalière de Kasindi le mariage se révèle un véritable casse-tête pour la plupart des célibataires. Adopter une approche pour les fiançailles, c’est une chose mais également doter une femme en est une autre étape très idéalement historique. En groupement des Basongora, des couples qui vivent ensemble sans être légalement mariés sont nombreux selon l’observatoire sociologique de cette partie du secteur de Ruwenzori en territoire de Beni au Nord-Kivu.

En effet, à force de rester longtemps ensemble, certains couples en arrivent à oublier l’absence de droits et le caractère éphémère de ce type d’union. « L’union libre a l’avantage de réduire les dépenses » a laissé entendre sous anonymat, un homme habitant la localité de Lubiriha. Et pourtant, un type de raisonnement qui n’est pas du tout soutenable dans une société moderne au 21 èm siècles, selon madame Jacqueline Kahondo Mukanirwa, assistante sociale oeuvre dans le centre scolaire de Kasindi.

Un coup d’œil sur les véritables raisons :

Plusieurs situations amènent des couples à vivre une relation dans le cadre d’une union libre. Pour certains, c’est un choix. Mais parmi les cas les plus fréquents, on retrouve celui où une jeune fille tombe enceinte et sa famille l’oblige alors à aller vivre auprès de son copain.

Dans d’autres cas, après beaucoup d’années de copinage, la jeune fille décide d’aller s’installer chez son copain. Bien que les gardiens de la morale collective y voient une dévalorisation des normes de la conjugalité autant qu’une remise en cause des aspects institutionnels du mariage, ces unions tendent à se normaliser dans la société.

Certaines personnes ne déclarent pas leur mariage coutumier à l’état civil soit par ignorance de la loi soit parce qu’ils ne veulent pas débourser de l’argent pour faire face aux frais que nécessite cet enregistrement. Et cela pose problème en cas de séparation ou en cas de décès de conjoint. Dans la plupart de cas, c’est la femme qui en pâtit.

Certaines sont délaissées par les maris sans pension alimentaire, d’autres n’héritent pas des biens de leur conjoint décédé. Leur mariage n’étant pas enregistré à l’état civil, elles ne bénéficient donc pas de la protection de légale.

Les voies de sortie dans ce fléau social « viens qu’on s’assoit » :

« En cas d’infidélité dans le foyer ou soit lors d’un divorce, le mariage n’étant pas enregistré à l’état civil, la protection de la loi dévient affaiblie. A indiqué M. Franclin Malyengehere secrétaire au bureau de l’état civil dans le groupement des Basongora.

Pour remédier à ce problème, ce dernier exhorte les organisations membres de la société civile à sensibiliser les couples à légaliser leur mariage coutumier. À l’instar des églises et les mutualités juvéniles.

Les conséquences en cas de décès :

L’union libre n’est pas reconnue par la loi et ne protège pas les femmes qui se mettent en ménages avec leur compagnon. Ainsi, contrairement aux cas des couples mariés, si le concubin décède, sa concubine n’a pas le droit de se déclarer comme conjointe survivant : elle est dépourvue de cette qualité.

La concubine ne jouit d’aucun droit de succession car du point de vue du droit, les concubins sont comme étrangers l’un à l’autre. Dépourvue de moyens de protection, la femme peut alors devenir la principale victime face aux membres de la famille car ces derniers ont tous les droits sur les biens du défunt.

La légitimité de faits patriotiques :

Le gouvernement de la RDC a refondu la loi N°87-010 du Code de la famille qui avait été promulguée en 1987 et l’a remplacée par une loi qui la modifie et la complète. Le Code de la famille refondu, la loi no 16/008, qui constitue également le fondement du système d’enregistrement des faits d’état civil, a été promulguée et est entrée en vigueur en juillet 2016.

La loi refondue fournit le cadre législatif pour enregistrer les mariages, les séparations, les divorces, les annulations, les adoptions, les légitimations et les reconnaissances de paternité.

Paul Zaïdi

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