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Violences conjugales à Goma : Mon mari ne pouvait pas manger chez nous sans rationner (Témoignages)

Violences conjugales à Goma : Mon mari ne pouvait pas manger chez nous sans rationner (Témoignages)


Durant trois jours jusque ce jeudi 20 Aout, 311 membres de groupes communautaires dits men’s engage organisés par l’hôpital Heal Africa de Goma ont témoigné de changements de comportement qu’ils ont acquis après un mois de formation sur les VSBG.


Les membres de groupes men’s engage sont des femmes et des hommes mariés habitant dans différents quartiers de la commune de Karisimbi. Grâce à des partenaires financiers, le gouvernement congolais envisage d’élargir au niveau de la base la sensibilisation sur les violences sexuelles et basées sur le genre, à en croire Marie-Claude Kahoma, chef du service genre à la commune de Karisimbi. Les couples surtout en font quotidiennement l’expérience, souvent sans en avoir conscience.


L’ampleur de la problématique est inimaginable et les conséquences en sont tout un chapelet ont démontré les témoignages faits par les femmes et les hommes mariés. Les enfants de rue et les crises d’hypertension et d’AVC devenues courantes chez nous ne sont pas un fait du hasard, laisse entendre Marie-Claude Kahoma.


Témoignages de quelques nouveaux convertis


Les témoignages de 311 membres sont passés par sketch et prises de parole devant une assemblée dans la salle de l’institut Majengo, au quartier Mabanga-Nord.
Le témoignage de Bora Florence a surpris beaucoup de gens.

‘’Je suis marchande et mon mari était particulièrement ivrogne. Son comportement était donc devenu un point de friction au point que j’ai pris l’habitude de commencer à préparer à manger pour mes enfants et à ne lui réserver absolument rien. Il devrait se débrouiller ailleurs pour manger. Après les enseignements, j’ai compris que j’étais à l’origine des violences entre mon mari et moi’’.


Prince a été éduqué depuis son enfance que l’homme est le chef de la femme. Comment a-t-il changé cette perception ? ‘’Les enseignements m’ont convaincu de l’égalité entre les hommes et les femmes. Dans mon village de Masisi, l’homme doit tonner sur sa femme et aller parfois cultiver au champ, voilà ses responsabilités. Maintenant, je sais que l’homme et la femme peuvent se partager des taches et vivre en harmonie. Par exemple, aujourd’hui, il m’arrive à laver nos enfants. Nous vivons dans la convivialité avec eux et ma femme.’’ a-t-elle témoigné.

Ange dont le mari est devenu formateur en masculinité et féminité positives a suivi les enseignements en couple. Elle témoigne :’’Mon mari me prenait pour une bonne en m’abandonnant toutes les taches ménagères. Ce que je ne voyais pas d’un bon œil. Après la formation, mon mari a commencé a changé, mais ce qui m’a beaucoup surpris ce qu’il est venu jusqu’à m’autoriser de manger une partie de la poule que nos us et coutumes interdisent aux femmes’’ s’est-elle ouverte.


Pascal Kalolo Marion a pris conscience que battre sa femme ne pouvait pas résoudre les problèmes. ‘’Quand il y’avait des disputes entre nous, j’allais prendre de l’alcool et je revenais le soir pour battre ma femme, je la blessais et je la chassais ensuite de la maison. Aujourd’hui, après les enseignements, je sais que ça ne valait pas la peine, j’aurais dû d’ailleurs aller prier à l’église’’.

Cas de violences économiques et basées sur le genre


‘’En tant qu’enseignant, j’étais payé. Mais, je ne présentais que 10% de mon salaire à ma femme et elle ne devrait pas savoir mon salaire. C’est grâce aux enseignements sur la masculinité positive que j’ai compris que j’utilisais mal l’argent de ma famille. Outre cela, j’étais violent, ce qui fait qu’à la maison les enfants me traitaient de Chaolin’’, déclare Moise (Nom d’emprunt).


Jean, professeur au Collège Mwanga, à l’époque, a 5 enfants dont un seul garçon. Tout son amour se portait sur ce dernier. Il a donc vite accordé tous les privilèges à cet enfant. Son salaire était de 250$, mais il présentait 200 à sa femme et les 50 il les gardait en un endroit que seul son garçon savait. Un jour, son bien-aimé a emporté tout l’argent et est parti sans trace pour deux semaines. Lui seul qui était inscrit dans une école prestigieuse a en plus refusé les études. Jean a alors appris la leçon que les garçons ne sont pas les seuls bons enfants mais que l’on pouvait investir dans tous, pour l’avenir. Ses filles, elles, poursuivent bien leurs études et se débrouillent bien. Les enseignements sur la masculinité positive sont venus conforter sa conviction sur les capacités des enfants-filles.


Enfin, le cas de Machozi Busanga. Elle gagnait beaucoup d’argent à la tontine dans le groupe de femmes où elle travaillait. Toutefois, elle le gaspillait et cela était source de querelles dans son foyer. Chaque fois qu’elle percevait de l’agent, elle sortait avec ses amies pour boire et manger au grand dam de son mari et ses enfants qui n’étudiaient plus. Grâce aux enseignements reçus sur la féminité positive, elle présente désormais l’argent à son mari pour planifier ensemble.


Pour le psychologue spécialiste en matière du genre, Godefroid Kabuku, les traumatismes sont bien-là dans la communauté et le besoin de conduire une vaste campagne de conscientisation sur les violences sexuelles et basées sur le genre est un besoin. Mais, afin d’atteindre le changement recherché, il faudra de la patience pour qu’il soit durable.

Frédéric Feruzi

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